Mon atelier littéraire : les petites façons

Mon ate­lier d’écriture :

les petites façons

Vous avez envie d’écrire ? Les ateliers d’écriture vous tentent ? Voici des exemples de petits travaux pour vous donner l’eau à la bouche !

Une pho­to, des histoires …

Une pho­to comme point de départ, sans rien con­naître à son sujet, ni le lieu, ni l’époque. Parce qu’écrire développe notre imag­i­na­tion et con­tem­pler une pho­to décu­ple notre créa­tiv­ité lit­téraire. Parce que regarder donne à écrire et qu’écrire donne à voir. Voici plusieurs textes écrits en 30 minutes.

Mon atelier littéraire : les petites façons

@Isabelle Tou­yarou https://www.instagram.com/isabkkmockba/ — Laos, tribu des Lawae

Mama Attani


Cette pho­to c’est toute ma vie, c’est ma grand-mère Attani.

J’ai gran­di loin du monde, dans une jun­gle féconde où se tient mon village.

Ma vie fut un par­adis mal­heureuse­ment per­du par la civil­i­sa­tion au fin fond du Cambodge.

J’y ai vu le jour, gran­di et vécu en har­monie avec la nature et nos tra­di­tions tel un petit ani­mal apprivoisé.

Ma Mama Attani m’a élevée lorsque ma mère est morte lorsque j’avais un an, emportée par des flots impétueux d’une riv­ière capricieuse.

Mama Atani s’est occupée de moi car dans mon vil­lage ce sont les femmes qui pren­nent soin des enfants et restent au vil­lage. Les hommes quant à eux chas­sent, pêchent, cueil­lent et s’occupent des bêtes. Je n’ai pas beau­coup côtoyé mon père.

Nous viv­ions un peu en alti­tude sous des tem­péra­tures chaudes et humides.

Mama Attani m’a appris très tôt à tiss­er la laine des mou­tons et à en col­or­er les fil­a­ments cha­toy­ants une fois teintés.

Le rouge, le bleu, le noir sont les couleurs sym­bol­es de notre tribu.

Les mains expertes de ma grand-mère ont été un spec­ta­cle per­ma­nent pour mes yeux de petite fille, le geste sûr et appliqué, la maille ser­rée et régulière, har­mon­isant les lignes par­faites de nos tenues et de nos nattes.

Je n’ai fait que repro­duire cette gestuelle fascinante.

Cette grand-mère, c’est mon pili­er, mon guide, mon men­tor, ma colonne vertébrale. Celle qui m’a trans­mis tout ce que je sais et qui m’a propul­sée dans son art au monde extérieur par le plus pur des hasards.

Grâce à elle je suis aujourd’hui une artiste recon­nue pour mes tis­sages spec­tac­u­laires et je suis exposée dans les plus grandes salles du monde entier.

J’ai pu ouvrir une voie à notre tra­di­tion et la faire connaitre.

Cette pho­to c’est la trans­mis­sion d’une grand-mère à sa petite fille, c’est l’amour infi­ni con­stru­it jour après jour, c’est la pro­tec­tion et la grandeur d’âme.

Je ne t’oublierai jamais Mama Attani, dans chaque maille que je tisse ce sont tes doigts qui se glis­sent dans les miens. Nous serons à jamais liées par ce lien invis­i­ble que les autres ne peu­vent pas voir, la puis­sance d’une âme à une autre. 

Cather­ine Zins, décem­bre 2021

L’instant

J’avais décidé de sor­tir de la ville et de par­tir vers les mon­tagnes au nord, voir les gens dans leur vil­lage. Je n’avais pas d’idée de thème en tête ou plutôt je four­mil­lais d’idées sans pou­voir en choisir une : por­trait de paysans, paysages, maisons et tech­niques de con­struc­tion, styles ves­ti­men­taires et tra­di­tions locales des tex­tiles et des costumes.

J’arrivais dans ce vil­lage aux con­fins du pays, après deux jours de bateau et de bus remon­tant les mon­tagnes. Les maisons sur pilo­tis n’étaient pas très grandes. Les hommes étaient aux champs, tra­vail­lant sur les ter­rass­es éparpil­lées le long des pentes. La plu­part des femmes étaient descen­dues dans le vil­lage du bas.

Dans le calme de cette journée, le ciel com­mençait à s’assombrir et la pluie de mous­son s’annonçait au loin. Assis­es, côte à côte, sur le porche d’entrée en bam­bou de leur mai­son, leurs pieds nus se bal­ançant au tra­vers de l’échelle, une grand-mère et sa petite fille me regardaient. 

J’ai été saisie brusque­ment par le charme et la sérénité de ces deux vis­ages, l’un mar­qué par le temps, mais pas encore trop ridé. Deux énormes cer­cles en os agran­dis­sant les deux lobes d’oreille, pipe sur le côté, frange courte et droite, la grand-mère avait ce regard tran­quille sur la vis­i­teuse que j’étais, venant per­turber leur médi­ta­tion face au paysage grandiose. Ses mains, fatiguées et tra­vailleuses, étaient posées, enfin au repos, comme une offrande.

Sa petite-fille à ses côtés, jetait un regard espiè­gle sur l’appareil étrange que je tenais dans les mains et m’apprêtais à manip­uler, mais qu’elle avait déjà vu plusieurs fois, cet endroit étant con­nu pour ses tra­di­tions, sa pop­u­la­tion indigène.

Je n’ai pas eu besoin de par­ler, quelques signes ont suf­fi pour m’autoriser à capter cet instant de sim­plic­ité et de magie.

Valérie Thoeni, décem­bre 2021

Fin de journée à Ban Rak Thaï

C’est la fin de la journée dans le vil­lage de Ban Rak Thai. Nous sommes dans le nord de la Thaï­lande, dans la région de Mae Hong Son tout à l’ouest, un lieu reculé qui a gardé toute son authenticité.

Sun a récupéré sa petite-fille Nalin à l’école. Elles ont passé du temps ensem­ble durant l’après-midi. Il y avait beau­coup à faire car c’est la sai­son de la récolte du café. Elles ont chem­iné entre les plants étagés en ter­rass­es, ont rem­pli de lourds paniers qu’elles ont porté à deux jusqu’au vil­lage. Puis, en fin d’après-midi, elles sont passées au Wat, le tem­ple du vil­lage, où elles ont procédé aux rit­uels habituels.

Dimanche, elles se ren­dront au Wat Phra Bud­dha­bat, une mag­nifique con­struc­tion dorée célèbre dans la région pour les empreintes des pas de Boud­dha lui-même, décou­vertes au XVI­Ie siè­cle. Cette sor­tie leur pren­dra la mat­inée entière car le tem­ple est situé à plus de 1000 mètres d’altitude, et elles seront chargées de paniers d’offrandes aux moines et à Bouddha.

Pour l’heure, elles prof­i­tent de la vue sur le lac. Le panora­ma est à couper le souf­fle. Le soleil se couche lente­ment, les rayons d’or habil­lent d’un drap lumineux la sur­face lisse de l’eau. Les fleurs, réchauf­fées toute la journée par le soleil, exha­lent une odeur sucrée et entê­tante proche de celle de l’opium qui était cul­tivé il y a encore peu sur ces collines.

Sun a allumé sa pipe en bam­bou. Elle y fait brûler du cannabis, ce qui calme ses douleurs dues aux rhu­ma­tismes et à l’arthrose. Elle sait que la cul­ture en est inter­dite mais elle en a quand même fait pouss­er quelques plants à l’arrière de sa cahute, pour son usage personnel.

Elle est heureuse d’avoir sa petite-fille Nalin à ses côtés. Elle met du baume sur ses vieux jours. Ses par­ents sont par­tis à Bangkok pour ten­ter de faire for­tune. Sun n’y croit pas trop… Au con­traire, elle a peur que la cap­i­tale ne les per­ver­tisse. Elle a enten­du telle­ment d’horreurs sur les bas-fonds de cette ville ten­tac­u­laire… Elle a peur que sa fille et son gen­dre, trop naïfs, n’y sur­vivent pas.

Pour l’instant, elle prof­ite de cette fin d’après-midi de bon­heur et de calme en se répé­tant les mantras habituels : « À chaque jour suf­fit sa peine », « Demain est un autre jour », « Qui vivra ver­ra »… Elle espère bien qu’elle vivra encore longtemps ! 

Sophie Malac, novem­bre 2021

Elle s’ap­pelait Li

« Quand je regarde cette pho­to, toute mon enfance rejail­lit. Des couleurs, des sons, des par­fums m’envoutent et me ramè­nent à ce temps qui me sem­ble si loin. Le temps de l’insouciance, en Asie, chez moi, avec ma grand-mère. Elle s’appelait Li et elle a tou­jours été mon mod­èle ; je me sou­viens avoir insisté pour qu’elle me couse cette robe de coton rouge, que j’ai gardée. Oui, je l’ai tou­jours au fond de mon armoire et par­fois quand la nos­tal­gie de mon pays et des miens me prend à la gorge, je la ressors. J’ouvre l’enveloppe de feu­tre qui la pro­tège, je la déplie et aus­sitôt je suis là-bas, dans cette mai­son de bois au milieu de la forêt. 

Je me sou­viens de Li, des effluves du riz par­fumé qu’elle pré­parait chaque matin, des sen­teurs des épices. Je me rap­pelle la raideur de mon dos au lever après une nuit sur ma nat­te. Je me sou­viens de la chaleur des bais­ers de ma grand-mère, de son regard bon, des bijoux ances­traux qu’elle por­tait, héritage col­oré des lignées de son clan. Je me sou­viens de ses larmes quand nous nous sommes retrou­vées toutes les deux, un soir de novem­bre, seules cachées sous la mai­son d’abord, puis ten­tant une sor­tie timide, les gestes trem­blants, la peur chevil­lée au corps. Je me sou­viens de ses larmes et de son cri gut­tur­al, presque inhu­main, quand elle décou­vrit les corps de mes par­ents, inertes dans les flaques boueuses, vic­times d’une guerre qu’ils n’avaient pas voulue. Li. Je me sou­viens de son courage d’alors, qui m’a emmenée loin sur le bord du fleuve, qui m’a portée, le poids de mes qua­tre ans la freinant sou­vent. Li qui m’a offert une enfance heureuse mal­gré toute cette tragédie. 

Je me la rap­pelle encore un jour de mous­son, les yeux dans les yeux, elle m’a pris les mains et m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais : ” Lean, vis tes rêves, ne te soucie pas de moi, fais tes choix, n’attends pas. Je t’ai don­né tout ce que j’ai pu. Je te laisse t’envoler main­tenant. Sois heureuse mon ange “. J’avais dix-sept ans. Le lende­main je m’envolais vers New-York. J’avais obtenu une bourse pour étudi­er la danse. Cela fait si longtemps… »

La vieille dame refer­ma l’album pho­tos et, le port de tête tou­jours élé­gant et les yeux embués elle me dit : « aurez-vous assez de matière pour votre arti­cle ? ».

Valérie Chèze, novem­bre 2021

La pho­to de classe

Écrivez le por­trait (et sa vie telle que vous l’imaginez, présent, futur, le faisant par­ler ou pas) d’un des per­son­nages de la pho­to de classe (ci-dessous) pour le faire devin­er aux autres. Vous avez 30 minutes.

Antoine Grib­ert n’était pas le genre d’homme à se lamenter sur son sort. Plus encore, il détes­tait les faibles. La vie n’était-elle pas plus belle du côté des gag­nants ? C’est ce que lui répé­tait son père depuis tout petit. Sa voca­tion de meneur d’hommes avait donc com­mencé très tôt, prob­a­ble­ment dès la mater­nelle. Il sourit en repen­sant à la pho­to de classe prise lors de l’année 1974, blondinet au sourire ravageur et aux boucles soyeuses, la panoplie par­faite du futur dirigeant d’entreprise à qui tout réus­sira, quoiqu’il arrive.

Le sou­venir de sa colère ce matin-là lorsque sa mère l’obligea à enfil­er cette affreuse chemise à car­reaux et au col pelle à tarte le fit grin­cer des dents. Décidé­ment, toute sa vie il fut con­trar­ié par la gent fémi­nine, de son idiote de mère à sa givrée d’épouse. Même ses maitress­es avaient été déce­vantes, l’obligeant à devenir vio­lent, avec leurs men­aces de révéler leur liai­son et autres grossess­es non désirées. 

Il s’en était sou­vent fal­lu de peu pour que le château de cartes ne s’écroule, les murs se fis­sur­ant au fur et à mesure des divers­es trahisons et coups bas. 

Voilà où il en était aujourd’hui. Son extérieur était impec­ca­ble : un homme dans la force de l’âge comme on dit, le cheveu grison­nant lui ajoutant encore du charme, une légère calvi­tie qui lui don­nait du sérieux, un corps svelte et tou­jours mus­clé, entretenu par un coach per­vers mais effi­cace qui le fai­sait tran­spir­er chaque matin et le gavait d’immondes bois­sons pro­téinées. L’intérieur en revanche était net­te­ment moins esthé­tique. Il avait gravi avec un suc­cès inso­lent les éch­e­lons d’une société avide de réus­sites, prêt à écras­er sous le poids de son ego celui qui se met­trait en tra­vers de ses ambi­tions.  Ses par­ents étaient fiers, ses enfants par­faite­ment indif­férents, sa femme totale­ment absente. 

Un coup de vent le fit vac­iller. Même décidé à en finir, il n’est pas facile de se défaire de son instinct de survie. Mais il n’avait pas le choix. Pas vrai­ment. Les sommes qu’il devait à ses action­naires étaient plus élevées que le PIB de la majorité des pays d’Afrique. 

Il n’avait pas d’échappatoire, pas de plan B. Lui qui avait con­stru­it sa car­rière et sa répu­ta­tion sur la fia­bil­ité de ses prévi­sions était à court d’idée. Quelle ironie. 

La dernière image à laque­lle il pen­sa avant que son corps n’effleure le bitume fut celle figée de cette journée de sep­tem­bre, où un petit garçon blond avec un col pelle à tarte souri­ait à un pho­tographe sco­laire blasé, des rêves plein la tête. 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Aure­lia Assayag, novem­bre 2021

Dans les pen­sées du David de Michel Ange (texte 4)

David, un nu si connu !

Met­tez-vous dans la peau de David (de Michel Ange !) et écrivez un texte en 30 min­utes. Quelle est son humeur ? À quoi pense-t-il ? À quoi rêve-t-il ?

« Je le sais, je suis mag­nifique. Des jambes mus­clées, un corps gal­bé, des fess­es de rêve, des boucles blondes, un sexe prêt à propulser une femme au par­adis et j’aurais pu être heureux et vivre caché. J’aurais pu me trou­ver une jolie femme et lui faire de beaux enfants. J’aurais pu me trou­ver un méti­er pas­sion­nant : poète, maçon, pro­fesseur, illus­tra­teur, chef d’entreprise. J’aurais voy­agé, je serais sor­ti de mon Ital­ie natale…

Mais voilà, comme je me prom­e­nais dans une ruelle de mon vil­lage un soir d’été, j’ai croisé la route d’un sculp­teur qui, frap­pé par ma beauté, m’a invité dans son ate­lier. Là, il m’a demandé de me désha­biller et m’a sculp­té pour l’éternité. Depuis je suis tenu prisonnier.

Sur mon socle de mar­bre blanc je regarde à l’horizon. Et je rêve. Je rêve de par­tir loin et de con­tin­uer ma vie.

Des hordes de touristes m’admirent à toute heure et me pren­nent en pho­to. J’essaie de me bouch­er les oreilles pour ne plus les enten­dre et de regarder au loin pour ne plus les voir. Que c’est gênant d’être ain­si nu devant des incon­nus. Mais au moins moi je suis entier. Ce n’est pas le cas de mon amie Vénus. Elle n’a pas eu de chance. Si j’ai croisé Michel-Ange elle a ren­con­tré Milo. Puis, je ne me sou­viens plus de la rai­son mais un énième trem­ble­ment de terre ou la guerre l’on privée de son bras la pauvre.

Vous savez un jour je m’enfuirai. J’irai loin dans les mon­tagnes, je m’achèterai un trou­peau de chèvres et je vivrai loin de toute cette foule, enfin.

Mais pour le moment je n’ai envie que d’une seule chose : m’habiller. Un bon jean (j’ai vu que c’était à la mode), une chemise en lin blanc, des ten­nis et, ah oui j’oubliais, un slip ! Ah ce qu’on doit être bien dans un slip ! Cela doit être doux et chaud ; je le choisir­ai blanc, avec un élas­tique… un Dim. J’ai vu la pub un jour sur le mur d’en face. Ah et puis il me fau­dra des lunettes de soleil, des Ray­ban assez fon­cées, après tout je suis un Ital­ien non ? Puis j’irai à la Tavola place d’Espagne déguster des pâtes à la von­gole arrosées de chi­anti. Et avec un soupçon de parme­san. Des plaisirs sim­ples que je n’ai jamais con­nus. Et enfin je chang­erai de prénom. David, c’est trop com­mun. Voyons… je choisir­ai Lucio. Lucio de Michel-Ange, ça sonne bien non ? »

Mon atelier littéraire : les petites façons

@David Joe Mustang

Valérie Chèze, avril 2021

Dans les pen­sées du David de Michel Ange (texte 3)

David, un nu si connu !

Met­tez-vous dans la peau de David (de Michel Ange !) et écrivez un texte en 30 min­utes. Quelle est son humeur ? À quoi pense-t-il ? À quoi rêve-t-il ?

« Me voilà le corps bien fait, imberbe et sculp­té dans la pierre, je représente la beauté idéale de l’homme.

Oui, j’ose le dire : je suis beau et on m’envie à tout va. Je suis parfait !

Le mus­cle sail­lant, la nudité sans pudeur, l’allure assurée, nul ne peut m’ignorer lorsqu’on me voit. J’attise et j’attire le regard. Je suis bien fait et j’en suis fier. Je suis David. Le seul, l’unique, tail­lé dans la pierre pour l’éternité.

Oui mais… l’éternité c’est long… et sous mes airs supérieurs j’ai une vérité toute crue à vous dévoil­er : je m’ennuie, je m’ennuie ter­ri­ble­ment tout sta­tique que je suis. Et puis je m’ankylose aus­si, depuis tout ce temps, ce n’est pas drôle ! Sans par­ler que j’ai froid dans ces courants d’air dans les allées somptueuses du musée.

Tous ces siè­cles qui m’admirent et pas une ride sur mon corps par­fait, quelle tristesse tout compte fait… Mon expres­sion est figée à jamais. Je veux rire et mar­quer mon vis­age des expres­sions que je vois chez mes vis­i­teurs. Et enfin je veux du style, diantre ! Mal­heureuse­ment je n’en ai point. Qu’on m’accorde un short pour cacher mes attrib­uts, tout du moins de temps en temps ! Je veux sen­tir le touch­er d’une étoffe sur ma peau froide.

Et puis cette posi­tion figée, l’esquisse du début d’un pas un peu déséquili­bré, quel incon­fort ! Comme j’aimerais courir, m’enfuir, être libre de mes mou­ve­ments. Un corps si puis­sant pour ne point bouger c’est un comble, vraiment !

Quelle tristesse je vous le dis, cette comédie a assez duré. J’aimerais l’audace d’un artiste provo­cant qui oserait me taguer le corps, me van­dalis­er afin de ressen­tir le grand fris­son des couleurs. Ou même mieux, qu’un cam­bri­oleur me vole afin que je ressente le mou­ve­ment d’être porté dans les airs. Quelle aven­ture ce serait !

Oui mais je rêve car je sais bien que je demeur­erai immo­bile et intact à jamais, idol­âtré pour ma pos­ture légendaire. »

Mon atelier littéraire : les petites façons

@Peter Hoare

Cather­ine Zins, avril 2021

Dans les pen­sées du David de Michel Ange (texte 2)

David, un nu si connu !

Met­tez-vous dans la peau de David (de Michel Ange !) et écrivez un texte en 30 min­utes. Quelle est son humeur ? À quoi pense-t-il ? À quoi rêve-t-il ?

« Bon, ben je crois qu’elle m’a posé un lapin…


J’avais pour­tant mis toutes les chances de mon côté pour ce rendez-vous…


Tout d’abord, le choix du lieu, cette splen­dide place avec tous ces cafés où nous auri­ons pu nous attabler pour boire un Chi­anti revig­o­rant, réchauf­fés par le soleil de cette fin de journée. L’orchestre qui joue des airs roman­tiques à quelques pas et dont les notes de musique auraient accom­pa­g­né nos regards croisés, ten­dres ou coquins, timides ou audacieux…


Je suis égale­ment passé chez le coif­feur hier. Il a arrangé toutes ces bouclettes qui me tien­nent lieu de chevelure. Il m’a même pro­posé quelques mèch­es blondes sup­plé­men­taires pour, je le cite, “ajouter de la lumière à la lumière ” …


J’ai ensuite filé chez l’esthéticienne : épi­la­tion inté­grale, plus un poil nulle part, à part la petite touffe guillerette à mi-par­cours. J’en ai bavé mais au moins on ne dis­tingue que mieux mes mus­cles dess­inés. Je ne passe pas des heures à la salle de sport pour rien ! Lever de la fonte, c’est bien, mais faut que ça se voit ! Et là, je ne suis pas mécon­tent du résul­tat. Quand je me retourne sur mon miroir, je suis fier de mes deux fess­es pom­melées, fer­mes et hautes, qui sem­blent crier : “Attrapez-nous ! ” Le reste de mon anatomie n’est pas mal non plus. Des jambes gal­bées, un ven­tre ferme et tenu où se plaque­nt mes abdom­inaux, des hanch­es étroites, un torse large, un dos où les mus­cles sont sculp­tés, des bras fuselés, ras­sur­ants. Le petit paquet sur­prise à mi-chemin n’est pas très impres­sion­nant mais il en a sat­is­fait plus d’une. Mon sexe sait y faire avec les demoi­selles, il a plus d’un tour dans son sac pour les emmen­er au sep­tième ciel.


Alors, qu’est-ce qui a bien pu clocher cette fois-ci ? Juché sur mon socle, je scrute la foule, mais rien… Cela fait 20 min­utes que j’attends… encore 10 min­utes et je me trans­forme en stat­ue ! Je sens qu’on com­mence à m’observer. Les regards devi­en­nent lourds et insis­tants. Ah mais car­ré­ment, il y en a une qui sort son appareil pho­to et qui se plante à mes pieds pour pho­togra­phi­er sans ver­gogne mes attrib­uts ! Quel culot ! Je suis telle­ment out­ré que je n’ai plus les mots pour m’indigner. Je reste de mar­bre, tout en self-control.


Tou­jours personne…

Mona, Mona Lisa, pourquoi m’as-tu aban­don­né ? »

Mon atelier littéraire : les petites façons

@Wu Jian Wiang

Sophie Malac, avril 2021

Dans les pen­sées du David de Michel Ange (texte 1)

David, un nu si connu !

Met­tez-vous dans la peau de David (de Michel Ange !) et écrivez un texte en 30 min­utes. Quelle est son humeur ? À quoi pense-t-il ? À quoi rêve-t-il ?

« Oui, me voici, David. Je n’en crois pas mes yeux ; est-ce bien Son pou­voir qui me donne cette force ? Doit-il y avoir une con­trepar­tie ? Je n’ai pas réfléchi ; j’ai été choisi ; il faut en finir avec les provo­ca­tions de ce philistin, ce Goliath, qui nous nar­gue depuis des jours.

J’ai peur. Je ne suis qu’un hum­ble berg­er. Je suis le dernier de mes sept frères, j’ai 14 ans. Nous vivons sim­ple­ment, dans la mon­tagne avec ma famille. Nous avons dû nous réfugi­er avec d’autres per­son­nes, devant l’avancée de l’ennemi. Rien ne me des­tine à une quel­conque célébrité, et devant la déban­dade de mes frères, je pen­sais moi aus­si fuir.

Mais j’ai sen­ti, j’ai sen­ti quelque chose en moi. Une assur­ance, une déter­mi­na­tion. Et j’ai enten­du, j’ai enten­du cet appel ” David, va “. J’ai com­pris, Il m’appelait, Il me dis­ait ” prends ta fronde, c’est écrit, com­bats Goliath “. Je n’ai pas dis­cuté, tant pis si je meure. Il me l’ordonne, il faut le faire pour mon peu­ple, pour Israël.

J’ai posé mes vête­ments, et je me suis avancé hors de la foule, me présen­tant comme celui qui allait défi­er Goliath. Mes frères se sont tus, un espoir et une grande crainte les envahis­sait. Va-t-il nous aban­don­ner ? Irons-nous encore en esclavage, comme nos ancêtres ?

Je n’ai que ma fronde et je vais marcher devant le colosse, dont la cuirasse brille dans le soleil brûlant. Il me regarde déjà ahuri, moqueur. Il s’est arrêté. Tout en l’observant, je vais me baiss­er pour pren­dre une pierre. Elle sera là, bien en vue, comme un autre signe. Sail­lante et dure, chaude dans mes mains. Je vais pren­dre ma fronde et mes mus­cles vont se ten­dre ; je sens Sa force m’envahir ; je me lais­serai guider par Lui. Je vais lever ma fronde, en direc­tion du front de Goliath. Il sera stupé­fait, il com­mencera à com­pren­dre. Avant qu’il n’ait levé son épée, la pierre sera lancée. Tel un éclair, elle s’enfoncera dans son crâne dénudé.

Il tombera net, dans un bruit lourd et sourd, dans un nuage de pous­sière. Le ciel est clair et le camp adverse, médusé, reculera lente­ment. Com­prenant le mes­sage divin, ils s’éloigneront aba­sour­dis. Ce sera le Des­tin et je serai Son instru­ment. Allons ! ».

Mon atelier littéraire : les petites façons

@David Klaus Stebani

Valérie Thoeni, avril 2021

Le schmil­blick

Le fil à couper le beurre

La plu­part d’entre nous con­nais­sons l’expression « on n’a rien inven­té de mieux depuis le fil à couper le beurre ! ». Pour vous, quelle est la meilleure chose qui soit arrivée depuis l’invention du fil à couper le beurre ? Vous avez 30 minutes. 

Le schmil­blick est for­mi­da­ble, pour rien au monde je ne m’en sépar­erais. Ca sert à tout un schmil­blick, dans toutes les sit­u­a­tions, dans toutes les posi­tions, dans tous les con­textes, dans tous les lieux. Ca me fait bien rire lorsqu’on me dit « À quoi ça sert le schmil­blick? » M’enfin faut être con ou quoi ? Moi je l’utilise tous les jours matin, midi et soir et même plus si j’ai besoin. D’ailleurs, j’en ai offert un à chaque mem­bre de ma famille. Et comme on dit chez nous: « Jamais sans mon schmil­blick ! » Nan mais, pour qui on me prend ? Moi j’ai l’intelligence suprême, celle de celui qui a les neu­rones con­nec­tés. D’ailleurs le schmil­blick capte les ondes c’est bien pra­tique. L’autre jour j’ai eu peur car on a voulu me le piquer. L’autre y savait pas que c’est per­son­nel un schmil­blick ? Il aurait jamais pu l’utiliser le pauv’gars. De toute façon, il a pas eu le temps car mon schmil­blick a réa­gi tout de suite et il s’est pas lais­sé faire. Ben oui j’ai pris option auto défense avec mon schmil­blick. Par­fois faut savoir inve­stir par­di ! On a même créé avec les copains un club adeptes du schmil­blick. Ben oui vous com­prenez y a les malins et pis y a les autres. Alors on fait schmil­blick par­ty les samedis soir ! Enfin moi je me dis que celui qu’a pas de schmil­blick de nos jours c’est comme vivre encore à l’age de pierre! Il y a quand même un avant et un après ! Et dire qu’il y en a tou­jours qui ne savent pas à quoi ça sert le schmil­blick… Je me marre ! 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Cather­ine Zins, jan­vi­er 2021

Voy­ager avec Sem­pé — Le Paris que j’aimais

Vous choisirez une image de Sem­pé par­mi les 12 de sa série sur le thème « Com­ment s’enrhumer à Paris » (1961) et à par­tir de celle ci, vous imag­inerez une histoire.

Ne décrivez pas l’image, imag­inez et racon­tez… humour, poésie… tout est permis !

Vous avez 30 minutes.

Paris. La plus belle cap­i­tale du monde. Paris et les berges de la Seine, Paris et les bouquin­istes, Paris et ses pavés, Paris et ses boule­vards, ses avenues, ses rues et ses ruelles. Paris et son atmo­sphère unique.

J’habite dans cette ville depuis cinquante ans et mon Paris à moi c’est le Paris des années 60.

Dal­i­da à l’Olympia, un café place des Ternes un lun­di matin sur le chemin du bureau, l’air frais du soir en sor­tant du Don Cami­lo, l’odeur des mar­rons chauds, la vue d’un bas résille enjam­bant un trot­toir ou d’une nuque à la Jean Seberg sor­tant d’un salon de coif­fure, des cig­a­rettes dans le joli cen­dri­er du Flo­re, les his­toires de Modi­ano, l’odeur de livres de poche bien rangés dans la petite bib­lio­thèque le long de mon lit, des imper­méables se frôlant les jours de pluie, la vigne de Mont­martre et ses pein­tres inspirés, la Tour Eif­fel encer­clée de pas­sants, de badauds, de flâneurs, un cha­peau mou courant vers un taxi, un petit béret sor­tant d’une boulan­gerie, un pain au choco­lat moelleux à la main, son qua­tre-heures, le charme secret de la place Fürsten­berg, le son désuet de la page d’un livre que l’on tranche, avide de pour­suiv­re la lec­ture, les sor­ties endi­manchées des fins de semaine sur les Champs Élysées, haut lieu de la mode alors, les sourires écla­tants et la beauté inso­lente d’Alain Delon et Mau­rice Ronet dans Plein Soleil vu un jour de pluie sur les grands boule­vards, achats impro­visés un soir rue Mouf­fe­tard pour une dinette en amoureux, la musique des talons aigu­illes de ma belle sur le par­quet, mon achat le lende­main de pro­tèges talons pour pro­téger led­it par­quet, la musique des 45 tours sur un tourne-dis­ques crépi­tant, des rocks endi­a­blés aux bals du 14 juil­let, l’odeur du métro et le clac de la poinçon­neuse aux Lilas, un bais­er sur le pont Alexan­dre III, Romy Schnei­der croisée rue de Riv­o­li, un dîn­er à La Coupole après un grand soir au casino.

Voilà mon Paris, le Paris que j’aimais.

Mon atelier littéraire : les petites façons

Valérie Chèze, jan­vi­er 2021

Voy­ager avec Sem­pé — La coupe est pleine

Vous choisirez une image de Sem­pé par­mi les 12 de sa série sur le thème « Com­ment s’enrhumer à Paris » (1961) et à par­tir de celle ci, vous imag­inerez une histoire.

Ne décrivez pas l’image, imag­inez et racon­tez… humour, poésie… tout est permis !

Vous avez 30 minutes.

J’ai pris ma déci­sion. J’ai mûre­ment réfléchi et je suis désor­mais sûre de moi.

Je ne sup­porte plus cette sit­u­a­tion. Je n’arrive plus à me regarder en face, le miroir est devenu mon pire enne­mi. Mes rêves, la nuit, se peu­plent de quoli­bets, de regards appuyés, gênés, de gens qui se détour­nent, voire changent de trot­toir. Je me réveille en sueur, paniquée. J’ai pris 10 ans d’un coup…

J’y pense sous la douche, j’y pense quand je me coiffe, quand je me maquille. J’y pense le matin quand le regard de mes enfants se pose sur moi. J’y pense le soir quand je rejoins mon mari sous les draps. J’y pense tout le temps… Il faut que j’agisse.

Cent jours que je vis comme une recluse…

Je me terre chez moi. Je ne sup­porte plus d’entendre son­ner à ma porte. Je préfère faire la morte, qu’on me croie par­tie, plutôt que d’affronter un vis­i­teur. Je me cache sous un cha­peau quand je ne peux faire autrement que de sor­tir dans la rue. Le regard bais­sé, je rase les murs, prenant garde à ne pas ris­quer d’établir un con­tact visuel. Je me dépêche de faire les cours­es et je reviens ven­tre à terre dans mon apparte­ment où je respire alors un peu mieux.

Ça ne peut plus dur­er. Quelle image mes enfants garderont-ils de cette péri­ode ? Quand nous feuil­let­terons ensem­ble les albums-pho­tos de cette époque, mon aspect physique me sautera aux yeux, je ne ver­rai plus que cela…

Mais tout ça n’est peut-être que le fruit de mon imag­i­na­tion ? Est-ce que je deviens folle ? Trop de pres­sion ? J’imagine peut-être toute cette situation…

Non, impos­si­ble. Tout cela n’est que trop réel.

Trop, c’est trop. Tant pis.

Cent jours que je suis enfermée…

Je suis prête à braver le con­fine­ment, les inter­dic­tions, le cou­vre-feu, le risque san­i­taire, la descente de police. Tout plutôt que de con­tin­uer comme ça.

J’espère ne pas le pay­er trop cher…

Le risque m’a longtemps fait hésiter. Jusqu’à aujourd’hui, je me dis­ais « Pense à ta famille, sois forte, tiens bon ! ». Mais là, la coupe est pleine. C’est à moi et à moi seule que je dois penser aujourd’hui. Il en va de ma san­té men­tale. J’espère qu’ils le comprendront…

La veille, je brûlerai un cierge, ferai une prière. Et au petit matin, je par­ti­rai. Sans un regard en arrière, la cas­quette bien vis­sée sur la tête et le cœur rem­pli de bon­heur et d’espoir.

Cent jours…

Après-demain, 9h00 : c’est l’heure de mon ren­dez-vous chez le coif­feur… Enfin ! 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Sophie Malac, jan­vi­er 2021

Voy­ager avec Sem­pé — La tra­ver­sée de Paris

Vous choisirez une image de Sem­pé par­mi les 12 de sa série sur le thème « Com­ment s’enrhumer à Paris » (1961) et à par­tir de celle ci, vous imag­inerez une histoire.

Ne décrivez pas l’image, imag­inez et racon­tez… humour, poésie… tout est permis !

Vous avez 30 minutes.

•   Robert, pourquoi on est venus à Paris dis-moi ?

•   Eh bé, il fal­lait bien venir voir la cap­i­tale une fois dans sa vie par­di ! L’Arc de Tri­om­phe c’est quelque chose tout de même !

•   Bé oui mais astur nous voilà bien coincés en plein milieu de la cir­cu­la­tion ! C’est que nous autres on n’a pas l’habitude de ce tin­ta­marre. C’est pas comme un trou­peau de vach­es qu’on sait s’en débrouiller bé quel mal­heur toutes ces autos autour de nous. Nous voilà dans de beaux draps !

•   Place de L’Étoile ! Place de l’Étoile ! Ça m’a l’air d’une belle toile d’araignée métallique et dia­bolique plutôt ! Com­ment c’est‑y qu’on y fait ?

•   Robert, j’ai peur…Tu m’avais dit que c’était beau Paris…C’est pas vrai…J’veux ren­tr­er chez nous…

•   Allons allons ! On est‑y pas bien là sous la belle pluie parisi­enne. C’est comme dans le film Singing in the Rain mais à Paris tu t’rends compte ! De vrais acteurs qu’on est bondiou !

•   C’est Singing in the Rain? Je vais pass­er dans un film ? J’suis bien coiffée ?

•   Moi j’dis que Mémé Poutou devrait pass­er devant et on la suit. Une vieille mémé ils vont tout de même bien la laiss­er pass­er pardi !

•   Surtout pas mal­heureux, les Pari­gauds y’z’ atten­dent que ça de ren­vers­er une mémé. Même qu’ils croient qu’ça fait gag­n­er des points. Mémé doit rester der­rière surtout !

•   Y’ allons faire comme Véronique et Davina, on va se fau­fil­er en rythme en se déhan­chant Toutouy­outou Toutuouyoutou…

•   Bon allons‑y tech­nique de de cam­pag­nards : un pas en avant…un pas en arrière…trois pas sur la côté…trois pas de l’autre côté. Le gibier c’est nous, faut la jouer rusé et futé ! Les chas­seurs nous auront pas !

•   Crébon­diou, on avance, on avance. Ça marche !

•   Tu crois que je vais pass­er à la télé dis ?!? Tu te rends compte Singing in the Rain !!! Je vais être une star !!

•   On y est presque. Un petit coup de zigzag, on y est presque ! Aller mes lapinous !

•   Oh Robert, je vois le trot­toir crénon, on va y arriver !

•   On y est arrivés sacre­bleu ! Je vous l’avais dit !

•   Bra­vo les bouseux ! On a con­quis la cap­i­tale ! Ils nous ont pas eu les Pari­gauds tête de veau ! C’est qui les plus forts ? Hein c’est qui ?

•   C’est nous !!!

•   Euh…Elle est où mémé Poutou ?

•   Non d’une pipe ! Elle est restée au milieu de la cir­cu­la­tion !! Impos­si­ble de la récupérer…

•   Faut accepter les pertes, on la laisse ! À la guerre comme à la guerre. Faut croire que c’est la fatalité

•   …

•   Relevez la tête mes braves, on va retrou­ver notre Nor­mandie et fuir ce monde de zinzins. Là-bas on va retrou­ver notre chez nous.

•   Euh…On fait com­ment Robert ? C’est mémé qui a les clés du four­gon dans son cabas…

Mon atelier littéraire : les petites façons

Cather­ine Zins, jan­vi­er 2021

Voy­ager avec Sem­pé — Fontaines 

Vous choisirez une image de Sem­pé par­mi les 12 de sa série sur le thème « Com­ment s’enrhumer à Paris » (1961) et à par­tir de celle ci, vous imag­inerez une histoire.

Ne décrivez pas l’image, imag­inez et racon­tez… humour, poésie… tout est permis !

Vous avez 30 minutes.

Les fontaines dans les villes, tou­jours une ques­tion qui me rend perplexe…

Fontaine fonc­tion des orig­ines, appor­tant l’eau potable. C’est tou­jours quelque chose que j’aime regarder lors de mes voy­ages, et j’aime observ­er les déco­ra­tions, les motifs ou les inscrip­tions qui les entourent. Lieux de dis­cus­sions, d’échanges, de rumeurs, sou­vent lieux de femmes, allant chercher cette eau pré­cieuse, partagée aus­si avec les ani­maux buvant dedans. Lieu par­fois aus­si de méfi­ance, eau empoi­son­née, cause d’épidémies et de mort.

Et puis, les fontaines vides, vidées de leur eau, vidées de leur sens. Devant lesquelles on passe, sans un regard, presque sur­pris de cet ouvrage incon­venant. Fontaine dépo­toir, besoin de les rem­plir, les rem­plir avec de l’usagé, avec du déchet puisqu’elles sont elles-mêmes usagées.

Et puis, fontaines pleines, mais pleines de cette eau qu’on ne peut boire. Juste de l’eau recy­clée, pour leur don­ner une place, mais une place d’objet, de décoration.

Fontaine objet défendu, défendu d’y boire, de se trem­per dedans, de s’éclabousser, de se dessaouler ; on aime y braver les interdits.

Fontaine pour touristes, dans laque­lle on jette des pièces pour faire des vœux, devant laque­lle on tient son amoureux ou on se prend en self­ie. Quelque fois on regarde ses déess­es ver­sant l’eau de leur vase ou ces mon­stres qui, gueule ouverte, crachent le liq­uide sans fin.

Fontaine spec­ta­cle, comme celle de Nik­ki de St Phalle et de Tingue­ly à Paris qui me fasci­nait tou­jours quand j’y pas­sais. Objets en mou­ve­ment dans le bassin, jeux de jets et de couleurs. Fontaine de musique, de poésie, d’émerveillement.

Fontaine coquine, comme celle d’une rue de la vieille ville de Berne, qui lance son eau sur le pas­sant étour­di. D’ailleurs, Berne est une ville de fontaines, avec ses ours et ses cheva­liers poly­chrome en culotte et halle­bardes, si sérieux :  fontaine de la Jus­tine, de l’Ogre, de Moïse, de Samson…

Au final, une fontaine qui vit aura tou­jours une forme de poésie, de mes­sage et de musique. Une fontaine qui se tait est une part de nous, citadins, qui se meurt en secret.

Mon atelier littéraire : les petites façons

Valérie Thöni, jan­vi­er 2021

Une vie de fauteuil 

Une pho­to comme point de départ


Je com­mence un joli pro­jet col­lab­o­ratif avec mon amie pho­tographe Isabelle Tou­yarou (https://www.instagram.com/isabkkmockba/). Isabelle a vécu en France, en Inde, en Pologne, en Thaï­lande et vit en Russie. Ses pho­tos témoignent de ses décou­vertes rich­es et elle pose un vrai regard, orig­i­nal et bien­veil­lant, sur le monde qui l’entoure. De temps en temps, dans l’atelier d’écriture, je pro­poserai une pho­to d’Isabelle comme point de départ d’un exer­ci­ce d’écriture. Parce qu’écrire développe notre imag­i­na­tion et con­tem­pler une pho­to décu­ple notre créa­tiv­ité lit­téraire. Parce que regarder donne à écrire et qu’écrire donne à voir.

Aujour­d’hui je vous pro­pose la pho­to suiv­ante. Com­ment ce fau­teuil est-il arrivé là, quelle est son his­toire ? Soyez créat­ifs ! Vous avez 30 minutes ! 

Est-ce ici que je vais finir ma vie de fau­teuil ? Dans le froid et la soli­tude de ce parc moscovite, les qua­tre pieds empris­on­nés dans un car­can de neige gelée et le velours de mes coussins gorgé d’humidité ?

Mon exis­tence avait pour­tant démar­ré dans la chaleur d’un apparte­ment sovié­tique, au 4e étage de l’immeuble auquel je tourne le dos aujourd’hui. J’en ai sen­ti des fessiers s’avachir dans mes ressorts, des têtes s’appuyer sur mon dossier, des jambes se crois­er sur mes accoudoirs, des pieds gelés se recro­queviller sous mes coussins ! Je les ai tou­jours accueil­lis avec le calme et la sérénité qui car­ac­térisent ma fonc­tion de fau­teuil, les envelop­pant de la douceur de mon velours, le con­fort de mon assise. J’en ai enten­du des con­ver­sa­tions, et cer­taines pas piquées des vers ! Mais je suis dis­cret, j’ai tou­jours tout gardé pour moi. C’est une ques­tion d’éthique et je ne saurai y déroger, même aujourd’hui où l’on m’a lâche­ment abandonné…

Du garçon­net blond qui appre­nait sa poésie à la babouch­ka qui réc­i­tait ses prières, j’ai tout enreg­istré, tout est là, bien au chaud dans mon rem­bour­rage. Oh ! il y a bien quelques trous de ci de là… Alzheimer m’a‑t-on dit, il paraît que ça com­mence à mon âge… Mais j’ai encore l’esprit vif !

L’été dernier, on m’a descen­du dans le parc, pour pren­dre l’air, pour m’aérer. C’est vrai qu’il est beau ce parc à la sai­son chaude ! Mes pieds foulaient le vert ten­dre de l’herbe, je regar­dais les enfants jouer et appré­ci­ais leurs cris joyeux en fer­mant les yeux…

À l’automne, on ne m’a pas remon­té chez moi… j’aurais dû me méfi­er alors… D’autant plus quand les livreurs Ikea sont passés devant moi avec un canapé deux places…

C’est l’hiver et aujourd’hui il fait ‑5 degrés dehors… Des souris sont venues nich­er entre mes coussins et je sers de per­choir aux oiseaux fatigués. Je n’entends plus les poésies des enfants ni les prières de ma babouch­ka préférée… Tiendrai-je jusqu’au prochain été ? 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Sophie Malac, décem­bre 2020

Il était une feuille

À la manière de Paul Élu­ard dans son célèbre poème Dans Paris, com­posez un poème par emboite­ment qui com­mencera par ce vers de Robert Desnos : “Il était une feuille”

Vous avez 20 minutes.

Il était une feuille pliée dans un cahier,

Il était un cahi­er bien rangé dans un cartable,

Il était un cartable sur le dos d’un écolier,

Il était un écol­i­er assis sage­ment dans un bus,

Il était un bus qui roulait prudem­ment vers l’école,

Il était une école au milieu d’un grande ville,

Il était une grande ville à l’ouest d’un pays,

Il était un pays qui n’était pas seul sur sa planète Terre,

Il était une planète Terre nichée dans son sys­tème solaire,

Il était un sys­tème solaire bien au chaud dans la Voie lactée…

La Voie lac­tée éclabous­sa de blanc le sys­tème solaire,

Le sys­tème solaire éclabous­sa de bleu la planète Terre,

La planète Terre éclabous­sa de vert le pays qui n’était pas seul,

Le pays qui n’était pas seul éclabous­sa de rouge la grande ville à l’ouest,

La grande ville à l’ouest éclabous­sa de jaune l’école au milieu,

L’école au milieu éclabous­sa de gris le bus qui roulait prudemment,

Le bus qui roulait prudem­ment éclabous­sa de rose l’écolier assis sagement,

L’écolier assis sage­ment éclabous­sa de vio­let le cartable sur son dos,

Le cartable sur son dos éclabous­sa d’orange le cahi­er bien rangé,

Le cahi­er bien rangé éclabous­sa de blanc la feuille pliée. 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Sophie Malac, novem­bre 2020

Bon­jour tristesse, un hom­mage à Françoise Sagan

Je vous pro­pose d’écrire la suite de cet extrait de Bon­jour Tristesse de Françoise Sagan :

«  Sur ce sen­ti­ment incon­nu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à appos­er le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sen­ti­ment si com­plet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a tou­jours paru hon­or­able. Je ne la con­nais­sais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, éner­vante et douce, et me sépare des autres.Cet été-là, j’avais dix-sept ans et j’étais par­faite­ment heureuse. »

Vous avez 20 minutes.

«  Sur ce sen­ti­ment incon­nu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à appos­er le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sen­ti­ment si com­plet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a tou­jours paru hon­or­able. Je ne la con­nais­sais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, éner­vante et douce, et me sépare des autres. Cet été-là, j’avais dix-sept ans et j’étais par­faite­ment heureuse » …

J’avais ce sen­ti­ment de pléni­tude achevée qui fai­sait de ma vie un tout cohérent où plus rien ne pou­vait être ajouté, comme un sys­tème physique élaboré, sans que le tout ne devi­enne un chaos assour­dis­sant. Or, je savais bien qu’à dix-sept ans ce sen­ti­ment était illu­soire, voire dan­gereux. Dans mon grand bon­heur, je me savais donc à l’ombre du pire et cer­taine­ment pas du meilleur. On dit que la jeunesse c’est le temps de tous les pos­si­bles, de tous les rêves, de toutes les ambi­tions. Mais non, défini­tive­ment non, la jeunesse avait le goût du par­adis déjà per­du alors que j’y avais à peine mis les pieds. Ce fatal­isme dif­fus, cette fini­tude assumée tendaient mes journées, mes gestes, mes amours d’un voile engour­dis­sant qui me rétré­cis­sait le cœur. Le soir plus qu’à tout autre moment, il m’arrivait même de visu­alis­er ce cœur comme une pomme flétrie, inca­pable de repren­dre son souf­fle, de se gon­fler de vie. Et je vivais donc l’été de mes dix-sept ans à l’écart des autres, à l’écart de moi-même égale­ment. Ma vie se déroulait loin de moi, devant mes yeux, comme une scène de film muet au ralen­ti. Pour rien au monde je n’aurais voulu sor­tir de cette bulle qui m’enveloppait comme un coton brut, doux et à la fois rugueux de ses impuretés. J’étais heureuse de ma tristesse. 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Aurore Pare­des, octo­bre 2020

Le fes­tin est à la noce

Décrivez dans les moin­dres détails le repas le plus copieux que vous ayez jamais mangé.

Vous avez 30 minutes.

Ce fut une bom­bance dont je ne me suis, jusqu’à ce jour, jamais vrai­ment remise… mon estom­ac et mon foie frémis­sent d’effroi à la seule évo­ca­tion de ce sou­venir gastrique.


Ce jour-là furent célébrées les noces toni­tru­antes d’une loin­taine cou­sine, ma grand-tante mit les petits plats dans les grands pour le mariage de sa fille Geor­gette dans la pure tra­di­tion maraichine.


Ain­si débar­quèrent en pro­ces­sion pour le repas de fête : gelée en Madère, pâtés au con­fit d’oie, crous­tades aux champignons et plateaux de fruits de mer accom­pa­g­nés de may­on­naise pour ce qui ne con­sti­tu­aient que des agapes. Le tout arrosé de petit blanc bien évidemment.


Il était déjà bien­tôt 14h30, je me jetai donc sur la pitance de toute prove­nance, goulue et affamée que j’étais. J’enfilai dans la foulée quelques gorgées, c’était jour de fête.


Puis vin­rent en com­plé­ments les mets chauds.


En pre­mier lieu les pois­sons entiers portés sur de lourds plateaux tout en longueur. Mer­lu au beurre blanc, pas de riz mer­ci, Saint Pierre à la crème, finale­ment non ça ira, ou Saint Jacques au whisky, ok pour le whisky. Mon ven­tre déjà ten­du s’engagea dans un rinçage de cir­con­stance pour faire pass­er le tout au blanc supérieur un peu sec. Vive les mariés !


Nous avons beau être Vendéens et fiers de l’être, il était temps du trou Nor­mand. Ain­si furent absorbés en grande quan­tité le sor­bet cit­ron noyé au Cal­va­dos. Hip Hip Hip Hourra !


J’étais déjà repue mais voilà que main­tenant j’étais déjà un brin pompette.


Ce fut enfin le tour des vian­des : ain­si daube de bœuf sauce au vin rouge, gibelotte de lapin carotte laqué et porcelet rôti piqué d’ail avec sa mogette paysanne prirent place sur des nappes plus vrai­ment blanch­es. Il fal­lait porter les toasts tout en chan­tant, du rouge local se déver­sa sur ma robe fleurie. Tant pis !


« Ah si j’étais le marié…le mari­i­i­ié…. J’embrasserais la mariée…la mari­i­iée… »


La ronde des fro­mages fit ain­si irrup­tion dans la nébuleuse épaisse créée par les fumeurs : les chèvres, les bleus, les coulants, les odor­ants, les piquants, les crémeux et j’en passe…vinrent se tartin­er sur des petits pains à la mie moelleuse.


« Chantera Ray­mond, Chantera Ray­mond, Chantera ! »


Mon estom­ac mon­trait des signes évi­dents de tangages.


C’est alors qu’apparut par-delà de la salle fes­tive, le clou du spec­ta­cle tant atten­du et récon­for­t­ant sur­mon­té d’un petit cou­ple en plas­tique car­ac­téris­tique, la star de tout repas de mariage digne de ce nom, j’ai nom­mé la fameuse pièce mon­tée chan­til­ly bien enten­du ! De ma jeune vie je n’avais jamais vu pareil mon­u­ment culinaire !


Mes yeux me dirent oui, mon estom­ac me cria non. Je gob­ai néan­moins un chou dont la crème bien fraiche me procu­ra un instant de sat­is­fac­tion bien­tôt rem­placé par une légère nausée, je sen­tis que je suffoquai…que je haletai.


Je devais immé­di­ate­ment pren­dre l’air sous peine de malaise imminent.


Je slalo­mai entre les assi­ettes rem­plies de toutes mar­ques de cig­a­rettes qui fusaient alors entre les tables, signe d’une époque révolue où un bon repas de mariage s’accompagnait indé­ni­able­ment d’une clope en offrande.


J’échappai au moins à cela et pris une bouf­fée d’air dans le park­ing rem­pli de voitures de la noce. Les voitures étaient savam­ment décorées de fleurs en papi­er kraft mul­ti­col­ore dont j’avais par­ticipé à l’élaboration. Ouf…au moins ici point de nour­ri­t­ure en vue.


Après quelques min­utes passées à l’extérieur, je réin­té­grai la salle reboost­ée par l’air frais du dehors. L’ambiance était aux con­ver­sa­tions bruyantes, aux éclats de rire et à des échos de chan­sons démod­ées. On m’entraina tout à coup dans une faran­dole où une brioche énorme en forme de cœurs vendéens entrelacés était mise à l’honneur et dansant avec nous, juchée sur un grand sup­port de bois avec poignée. Voilà, je ne pou­vais échap­per à cette journée gar­gantuesque où jamais de ma vie je n’avais vu autant de défer­lement de nour­ri­t­ure. J’espérais juste que cette journée m’enseignât la mod­éra­tion de mon appé­tence pour l’alcool et les mets… 

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Crédit pho­to : https://www.pinterest.com/pin/480759328966508694/

Cather­ine Zins, juin 2020

Afab­u­lachaise

Depuis quelques semaines, nous pas­sons beau­coup trop de temps à nos goûts dans nos canapés et autres sofas. Je vous pro­pose aujour­d’hui un exer­ci­ce des­tiné à décou­vrir la grande famille des sièges. Je vous pro­pose d’écrire la suite de ce petit texte, écrit par l’au­teur du site https://www.entre2lettres.com :

“Nous sommes Fau­teuils de père en fils, depuis plusieurs généra­tions. Dans notre arbre généalogique, on trou­ve deux fau­teuils empire et même une bergère. Mon père était un fau­teuil de den­tiste, ma mère un fau­teuil à bas­cule. Il a tout per­du à la roulette, elle l’a quit­té pour se jeter dans les bras d’un fau­teuil d’orchestre. Enfant, quand je n’é­tais encore qu’un pli­ant, j’en ai beau­coup souf­fert. Mais après quelques séances sur un divan, je suis devenu plutôt relaxe !” 

C’est par­ti, vous avez 20 minutes !

Du coup je me suis embar­quée clan­des­tine­ment dans un car­go en par­tance pour les îles déguisée en strapon­tin quel­conque. J’ai tra­ver­sé toutes les mers et par­cou­ru toutes les chais­es à por­teur… Mais comme j’é­tais chaise per­cée, je n’avais plus un rond en poche, j’ai dû me pos­er et pro­pos­er mes ser­vices en tant que chauf­feuse pour un vieux clic-clac un peu ban­cal. Un soir, allongée en fau­teuil relax sur la plage, m’est apparu, la toile bom­bée par le vent, le transat de mes rêves ! J’en ai per­du quelques clous, touchée par la flèche de capi­ton. Je me suis fait duchesse telle une princesse alan­guie, j’ai joué de mes charmes sous mes plus belles tapis­series, j’ai sor­ti le grand jeu et je l’ai piqueté dans ma chaise cabri­o­let. Il n’a pas pu résis­ter, je l’ai eu à la bas­cule ! Nous avons joué des ressorts toutes les nuits, c’é­tait un galon de pre­mière ! Mal­heureuse­ment, après m’avoir envoyé un accoudoir de trop, j’ai quit­té cette rela­tion dés empail­lée et suis rev­enue à ma bal­an­celle d’o­rig­ine. Le coeur gros, je me suis gar­nie comme jamais et je suis dev­enue une grosse pouf esseulée. Heureuse­ment, ma voi­sine d’as­sise, une chaise Parisi­enne très élé­gante, m’a emmenée aux Fau­teuils Bergères. C’est ain­si que je suis tombée com­plète­ment rem­bour­rée sur un tabouret de bar char­mant qui siro­tait un vod­ka-sofa. Nous sommes par­tis en ronds de chaise jusqu’à la ban­quette d’Or. Depuis nous coulons des jours heureux blot­tis l’un con­tre l’autre en dormeuse. Il est mon beau con­fi­dent, nous nous ameublons à merveille. 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Cather­ine Zins, mai 2020

Envie d’ailleurs

Lorsque vous n’êtes pas chez vous, qui, quoi ou quel lieu vous manque le plus?

Vous avez 30 minutes.

J’aime la Provence. Ma Provence. 

La Provence de Mar­cel Pag­nol avec son accent et ses cigales. 

La Provence de Cézanne avec sa Sainte Vic­toire et ses joueurs de cartes. Aix-en-Provence et son Cours Mirabeau qui grouille de touristes l’été, d’étudiants l’hiver.

Les calis­sons du Roy René qui fondent dans la bouche. 

Les mel­ons de Cavail­lons si sucrés. 

J’aime le ciel bleu si pur, dont les nuages ont été chas­sés par le mis­tral. Le soleil si intense qu’il oblige à garder les volets fer­més durant la journée. Les soirées chargées de la chaleur accu­mulée, que l’on agré­mente d’un petit vin rosé et de quelques olives salées.

Mon atelier littéraire : les petites façons

J’aime rouler sur les routes désertes qui ser­pen­tent dans les collines, longer les champs de lavande, m’arrêter à l’ombre des pins, marcher dans la gar­rigue et ramass­er du thym. 

J’aime descen­dre jusqu’à Cas­sis, rejoin­dre les calan­ques, cra­pahuter sur les chemins empier­rés et me rafraîchir dans les eaux de la Méditerranée. 

J’aime les marchés ani­més, leurs étals col­orés et leurs odeurs chargées. 

J’aime me laiss­er ten­ter par un bout de fougasse, un morceau de fro­mage, une ron­delle de saucis­son et revenir le panier plein de ces tré­sors à partager. 

J’aime y retrou­ver mes repères. Con­stater que le café Le Fes­ti­val, où ado­les­cente je don­nais ren­dez- vous à mon amoureux, est tou­jours là, que le vendeur de piz­za Capri a tou­jours bou­tique ouverte et embaume la rue Espari­at de ses sen­teurs alléchantes. 

J’aime y retrou­ver ma famille, mes amis, mes souvenirs. 

Provençale j’étais, provençale je suis, provençale je resterai.

Sophie Malac, mai 2020

Une cham­bre d’enfant 

Scrutez la pièce dans laque­lle vous vous trou­vez comme si vous la voyez pour la pre­mière fois. Faites comme si vous ne savez rien. Que voyez-vous ? Qui y habite ? Vous avez 30 minutes.

Une cham­bre d’enfant. Plutôt bien rangée. A pri­ori une cham­bre de garçon : un poster de foot au mur, une cou­ette « Fier d’être Bleus ». Une com­mode. Rouge. Une table à taille d’enfant. Bleue. Rem­plie de con­struc­tions en Lego qui repro­duisent tous les mon­des imag­i­naires dans lesquels les enfants ont l’habitude de s’immerger. Un dinosaure en mousse de 40 cen­timètres de hau­teur. Un mini-fau­teuil. Con­fort­able. Une caisse de Play­mo­bils. Les cheva­liers côtoient les princess­es. Des ani­maux de toutes espèces se mélan­gent : chevaux, vach­es, cochons, dinosaures, croc­o­diles… il faut de tout pour faire un monde !

Mon atelier littéraire : les petites façons

Un bureau. Qui ne doit pas vrai­ment rem­plir sa fonc­tion pre­mière puisqu’il est parsemé d’objets hétéro­clites qui sem­blent avoir été glanés au fil des ans : un cail­lou, une lampe de poche, quelques pièces de mon­naie, un baume à lèvres. Et tout un tas de « trucs » improb­a­bles. À côté du lit, une pile de livres. Sur le haut de la pile, un tome de « La Cabane mag­ique » et son mar­que-page. Une étagère où s’accumulent des jeux de société, des puz­zles, des jeux de con­struc­tion. Et enfin, un sac en toile rem­pli de loco­mo­tives, de wag­ons et de rails : à la manière de Prévert, il suf­fi­rait de les assem­bler pour s’échapper de cette pièce con­finée et par­tir faire le tour de la Terre dans un wag­on doré… 

Sophie Malac, avril 2020

Si Antoinette revenait

Choi­sis­sez la pho­to d’une per­son­ne dis­parue et imag­inez en un court réc­it ce qui se passerait si elle revenait.

Voici Antoinette, ma grand-mère pater­nelle, prise en pho­to devant chez elle, le 25 sep­tem­bre 1964 à l’âge de 66 ans, un cha­peau de paille sur la tête. 

Mon atelier littéraire : les petites façons

Si Antoinette reve­nait, elle cro­querait la vie à pleines dents j’en suis sûre. Je n’ai fait que crois­er sa vie car à peine née depuis qua­tre ans, je l’ai sim­ple­ment sen­tie s’envoler sans m’en apercevoir. Mais les réc­its de mon père et de ses trois sœurs ont enrichi mes sou­venirs, ont nour­ri ma pas­sion pour cette famille pleine de joie et d’entrain.

Si Antoinette reve­nait, elle habit­erait très prob­a­ble­ment tou­jours en Cor­rèze, dans le petit vil­lage où elle avait vécu la plus grande par­tie de sa vie, dans sa demeure, avec son café et son épicerie, et la grange en face, où elle organ­i­sait ses bals du same­di soir. Ah ces bals « chez la Toinette », les jeunes du vil­lage plus tout jeunes s’en sou­vi­en­nent encore. Il paraît même qu’on venait de beau­coup plus loin, de Tulle et même de Brive. La salle ne désem­plis­sait pas. On y mon­tait par un escalier assez raide, on y dan­sait, on y buvait des canons, on y mangeait des sand­wichs aux sauciss­es au vin blanc, créa­tion d’Antoinette, qui finale­ment avait inven­té le hot dog avant l’heure. Et le plus impor­tant aux dires des­dits « jeunes », les jeunes filles y venaient sans chap­er­on, con­traire­ment aux bals des vil­lages alen­tours qui avaient lieu le dimanche après-midi ! On y vit même les célèbres accordéon­istes Mar­cel Vialle et Jean Ségurel jouer quelques valses et autres march­es à cer­taines dates.

Si Antoinette reve­nait, elle trou­verait les lieux changés : le puits du vil­lage du milieu de la route ? Dis­paru. Sa mai­son ? Restau­rée. Les pom­pes à essence ? Volatil­isées. Son potager et son pré ? Trans­for­més en parc. Son beau tilleul tout près de la mai­son ? Enfui. Sa grange ? Rénovée. Et celle du voisin ? Effacée…

Si Antoinette reve­nait, elle ver­rait débouler tous les étés la joyeuse bande de ses descen­dants. De Nantes, de Paris, de Limo­ges, de Bor­deaux et même de Moscou ils sur­gi­raient telle une marée d’amour, l’entourant de leurs bras aimants et l’embrasseraient à la faire presque tomber. Elle leur aurait pré­paré une blan­quette de veau, prob­a­ble­ment accom­pa­g­née de pommes de terre « à la blau blau »*, le tout servi dans ses assi­ettes fleuries en faïence. Le pain aurait été cuit dans le four à pain de la grange.

Si Antoinette reve­nait, elle trôn­erait, au bout de la grande table à ral­longes dépliée entière­ment pour l’occasion, son fils et ses filles près d’elle – tous seraient vivants encore – puis ses beaux-enfants – j’aime beau­coup ce terme, c’est telle­ment mieux que bru ou gen­dre — et enfin ses petits-enfants et ses arrières, tout au bout, avec Valen­tine et Antonin, les petits derniers, Antonin, Antoinette…

Si Antoinette reve­nait, à la fin du repas on chanterait, comme d’habitude. Son fils, qui était par­ti mon­ter sa chance à Paris et avait même fait un disque – mais c’est une autre his­toire — chanterait « Fais du feu dans la chem­inée », « Les feuilles mortes » et « Que serais-je sans toi », ses filles enton­neraient des chan­sons de Piaf ou « Les ros­es blanch­es », de leurs voix chevrotantes qui nous fai­saient tant rire petits.

Si Antoinette reve­nait, elle serait sur­prise de tout ce qu’elle nous a légué. Sa joie de vivre, son sens de la famille, sa force de car­ac­tère, sa volon­té, son courage et ce petit bout de terre, à l’entrée d’un tout petit vil­lage, dans un joli coin de France, elle qui vit en nous tous, pour toujours.


*à la va-vite

Valérie Chèze, juin 2020

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