Mes choix - Le temps d'écrire

Mes choix

Nous sommes au début de ce mois de mars et je viens de passer deux semaines dans ma campagne française. Le printemps hésite, il fait doux mais la pluie inonde les champs et cogne sur les carreaux. 

Je ne suis pas du tout sor­tie, je me sens bien dans ma mai­son, cette bâtisse qui a con­nu la révo­lu­tion. Un mal venu de l’Est com­mence à attein­dre nos fron­tières, les media tour­nent en boucle sur le sujet et la Russie con­fine les per­son­nes venues des pays les plus touchés. Ce qui m’aurait à peine arrêtée un instant une décen­nie aupar­a­vant attire aujourd’hui toute mon atten­tion. Je prends mon café au petit matin en regar­dant notre bois de hêtres et de châ­taig­niers. Tout est calme, le vent fait vibr­er les fougères et quand mes yeux se por­tent sur nos bouleaux, la Russie se rap­pelle à moi. Notre mai­son de France est notre havre mais nous habitons à Moscou. Les mes­sages afflu­ent sur mon télé­phone et l’idée me tra­verse que, peut-être, je ne devrais pas « ren­tr­er ». Mon mari me laisse le choix. Ne pas ren­tr­er ne fera que repouss­er le con­fine­ment de 14 jours qui nous attend, ne pas ren­tr­er risque de priv­er les enfants d’école encore plus longtemps, ne pas ren­tr­er sig­ni­fie laiss­er seul mon mari. Or nous avons tout tra­ver­sé ensem­ble depuis bien­tôt 30 ans, le meilleur comme le pire. Je réfléchis. Notre fille aînée étudie dans une ville du sud-ouest, elle est entourée et raisonnable. Ma mère est en sécu­rité à la cam­pagne. Ma déci­sion est prise : je serai avec lui, pour le meilleur et pour le pire, les enfants et moi ren­trons. Faire un choix

Mon­ter dans le train, tra­vers­er l’aéroport désert et s’envoler. Par­ler à mon père et à Fan­tine mon bébé des étoiles, leur deman­der de nous pro­téger. Atter­rir, revenir, ren­tr­er et se dire que notre apparte­ment va être notre seul hori­zon pen­dant ces qua­torze jours. Etrange sen­sa­tion. Ren­tr­er en con­fine­ment. Je com­mence à me sen­tir décon­fite juste­ment. Réor­gan­is­er notre vie, établir un plan­ning, se lever comme d’habitude, s’habiller, se maquiller, se par­fumer, veiller à caler les enfants sur les devoirs en ligne et finale­ment avancer d’un an le don d’un portable à notre petit dernier. Veiller sur mes amies con­finées elles aus­si et pren­dre soin d’elles, leur envoy­er des petits mes­sages, nous organ­is­er des apéri­tifs à dis­tance, pren­dre des nou­velles de notre famille et de nos amis français, suiv­re les infor­ma­tions en Russie et en France, s’échanger des blagues – l’humour nous sauvera — se faire avoir par des fakes qui livrent par­fois des mes­sages sen­sés et rebondir sur des sources fiables, lire, enchaîn­er les séries sur Net­flix, regarder C dans l’air, C à vous, rester humains tout sim­ple­ment. Vivre notre vie comme avant mais dedansFaire des choix. 

Mer­cre­di 18 mars, mon père aurait eu 85 ans, il serait dans sa cam­pagne et me dirait de pren­dre soin de nous tous. La fin de l’après-midi survient et c’est l’heure du blues, l’heure où les nour­ris­sons pleurent. Les mes­sages de sou­tien afflu­ent, c’est étrange ils vien­nent par­fois de per­son­nes que l’on croy­ait loin­taines alors que cer­tains proches se taisent. Ils ont fait leur choix sem­ble-t-il. Bien sûr nous allons bien, nous ne sommes pas à l’hôpital. Notre force vien­dra de notre sou­tien mutuel et notre capac­ité à l’empathie, éty­mologique­ment « souf­frir avec », au sens de partager. Mes amis me man­quent, voir du monde me manque, je pen­sais plutôt bien vivre ce con­fine­ment pour­tant. Il est bien­tôt dix-neuf heures et c’est l’heure où l’angoisse me prend à la gorge. Je lis que des Français de Moscou font le choix de ren­tr­er en France, au plus vite. Je me mets à pleur­er. Surtout ne pas com­mu­ni­quer ma peur à mes amies elles-aus­si con­finées, ne pas com­mu­ni­quer ma peur à mes enfants. Rester forte. Mon mari me ras­sure, je me calme, je pense à mes amis qui sont seuls dans leur apparte­ment. Je pense à ma grand-mère, aujourd’hui aveu­gle et con­finée dans une mai­son de retraite à 106 ans. Elle avait tout per­du pen­dant la guerre, époux, mai­son. Elle avait lais­sé sa fille à la cam­pagne pour ren­tr­er finir de gér­er les affaires courantes et était finale­ment rev­enue en par­courant la moitié de la France à pied. Elle aus­si avait dû faire des choix.  

Nos anciens ont vécu bien pire. Nous devons tenir et rester droits. Nous devons faire face et garder notre esprit vif. J’appelle mes amis médecins en France et leur mes­sage est clair : surtout ne pas bouger, rester dans notre apparte­ment qui va nous pro­téger, pren­dre juste un peu l’air au sor­tir de notre con­fine­ment. Je songe à la Russie et à ses habi­tants qui ont vécu des péri­odes de chaos à plusieurs repris­es et qui se sont tou­jours relevés. Cer­tains pensent que l’on ne nous dit pas tout, que l’on ne sait pas le nom­bre de cas ici. Des mesures ont été pris­es par le Maire de la ville et l’obéissance exem­plaire des Russ­es me ras­sure. Je vois bien que le boule­vard reste vide mal­gré le soleil, je vois bien que des amis russ­es souhait­ent un con­fine­ment plus sévère. Je décide de ne pas par­tir en France, de ne pas faire courir des risques inutiles à mes enfants et de rester aux côtés de mon mari. Nous sommes une famille, certes enfer­més dans un apparte­ment, mais nous en sor­tirons plus forts. Faire des choix.  

Mer­cre­di 1er avril. Après qua­torze jours de con­fine­ment total puis une semaine d’auto con­fine­ment – tous beaux tous pro­pres nous n’allions quand même pas ris­quer de l’attraper ce virus ! – nous revoici de nou­veau en con­fine­ment. Le maire vient de deman­der aux Moscovites de rester chez eux, de ne sor­tir que pour les cours­es ali­men­taires dans le quarti­er ou promen­er son chien dans un ray­on de 100 mètres – penser à nous munir d’un chien à notre prochaine expa­tri­a­tion, on ne sait jamais ! La ville est déserte et la neige est rev­enue. Les allées du parc le long de Tsvet­noy Boule­vard sont immac­ulées. C’est presque mag­ique. Presque, car le ciel est bas, les rues sont vides, le silence est assour­dis­sant. Le temps sem­ble s’être arrêté. Moscou, la ville qui ne dort jamais, s’est soudain mise sur pause. Pour com­bi­en de temps ? Cette sit­u­a­tion inédite sem­ble de plus en plus étrange et en même temps c’est très cat­a­strophique pour nos entreprises. 

Quand Moscou se confine, faire des choix à l'heure du coronavirus

Deux sen­ti­ments se mêlent. Je suis ras­surée de voir que des dis­po­si­tions clair­voy­antes ont été pris­es et qu’enfin cha­cun va rester chez soi en atten­dant que la vague passe. Et je suis angois­sée à l’idée de savoir que les liaisons aéri­ennes sont coupées et qu’il me serait dif­fi­cile de ren­tr­er en cas de prob­lème. J’appelle notre fille aînée et ma mère tous les jours. Je prie pour que ma grand-mère parvi­enne à son cent-six­ième anniver­saire à la fin du mois.


Ici les journées s’enchaînent et se ressem­blent. Nous sommes très bien organ­isés, avec le salon trans­for­mé en co-work­ing et nos enfants calés sur Teams. Men­tion spé­ciale aux enseignants qui ont dû chang­er leurs méth­odes de tra­vail en un temps record et qui se sont adap­tés. Lors de quelques rares moments de blues, je rêve encore d’être rap­a­triée pour pou­voir réu­nir nos trois enfants sous le même toit mais très vite je me per­suade que j’ai fait le bon choix.


Nous sommes tous dans le même navire, nous pas­sons tous par les mêmes erre­ments. Le plus dif­fi­cile finale­ment, ce n’est pas de faire des choix mais c’est de se con­fron­ter à l’incertitude. Incer­ti­tude de l’avenir proche, incer­ti­tude de la sit­u­a­tion san­i­taire de la ville, incer­ti­tude de l’état dans lequel nous ressor­tirons de tout cela.


Mais sept ans de Russie m’ont aguer­rie et je pense que cette his­toire nous fera grandir. La planète nous envoie un mes­sage. Nous devons l’écouter et con­tin­uer à faire des choix, mais différents.

Valérie Chèze, mars 2020

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