Les repas de famille

Les repas de famille

Quand je pense aux repas les plus copieux que j’aie jamais mangés, je me retrouve toujours chez ma grand-mère. Et je reviens en arrière, loin dans le temps, au cœur des années 70.

À cette époque-là les menus de bap­tême ou de com­mu­nion rival­i­saient de longueur et les entrées s’enchainaient suiv­ies par des mul­ti­tudes de plats de résis­tance et des faran­doles de desserts, le tout entre­coupé de trous nor­mands et de pouss­es-cafés qui en avaient vain­cu plus d’un, que nous trou­vions som­meil­lant sur leur chaise ou bien allongés dans l’herbe grasse, ron­flant comme des son­neurs que l’alcool avait assommés.


Ma grand-mère juste­ment avait passé deux jours à cuisin­er, allant et venant entre sa cui­sine et la gazinière de son garage qui cui­sait bien mieux cer­tains plats disait-elle.


Nous com­men­cions l’apéritif avec des gougères, vous savez ces petits choux au gruyère croustil­lant qui, si vous n’enlevez pas la casse­role du feu à un moment pré­cis, ne gon­flent jamais. Les siens étaient mag­nifiques, dorés à souhait et croustil­lants sous le palais. Elle les accom­pa­g­nait générale­ment de cham­pagne, « tu com­prends c’est jour de fête aujourd’hui et ils diraient quoi mes beaux-frères si je leur ser­vais un mod­este vin cuit ». « Oui Mamie, va pour le cham­pagne ! » Et ma grand-mère allait chercher ses coupes ou bien ses flûtes selon son humeur, qu’elle posait déli­cate­ment sur le nap­per­on, qu’elle avait cro­cheté elle-même, d’un joli plateau miroir.


Une fois passés à table, le fes­ti­val com­mençait ! Des assi­ettes arrivaient, apportées par ma mère, qui depuis quelques temps avait bien ten­té de raison­ner ma grand-mère en lui deman­dant de cuisin­er moins, mais cela n’avait servi à rien. Mamie était têtue et per­sis­tait dans son abon­dante générosité culi­naire. Sou­vent, nous voyions venir à nous une belle assi­ette en porce­laine de Limo­ges où trô­nait une gigan­tesque part de foie gras, accom­pa­g­née de truffes (depuis une com­potée d’oignon a rem­placé ladite truffe) et de salade cro­quante. Un vin blanc l’accompagnait, sou­vent un Sauternes dont la robe d’une jaune pro­fond me fai­sait fort envie mais m’était inter­dit. Les con­ver­sa­tions allaient bon train. Du pain trô­nait dans les cor­beilles, du bon pain de cam­pagne coupé dans des gross­es tour­tes toutes fraich­es rev­enues du boulanger d’en bas de la côte (j’avais le priv­ilège d’aller le chercher et avec la menue mon­naie je m’achetais tou­jours un roudoudou que je suçais tout le long du chemin du retour).


Un pois­son suiv­ait, accom­pa­g­né de tomates et sauce may­on­naise que ma grand-mère mon­tait tou­jours à la main, avec le coup de poignet ances­tral qui avait tra­ver­sé les généra­tions des femmes de notre famille. Un autre vin blanc suiv­ait, plutôt sec et les esprits com­mençaient à s’échauffer. Les con­ver­sa­tions se fai­saient plus rapi­des et les débats plus vifs. On y dis­cu­tait poli­tique, du bout du tun­nel de Ray­mond Barre que l’on ne ver­rait finale­ment jamais ou bien de Valéry Gis­card d’Estaing en campagne.

Les repas de famille

Après ces deux entrées, je n’avais déjà plus faim et je ne rêvais que d’une chose, aller jouer dehors avec mes cousins. Mais un vol au vent arrivait et avec lui d’autres promess­es d’indigestion. « Et si nous en finis­sions là » me dis­ais-je ? Mais non, un trou nor­mand s’imposait ! Ma grand-mère arrivait avec sa bouteille de gnole de prune ou de poire, c’était selon. Petit inter­mède pour repos­er les estom­acs dis­ait-on. Avec la pause cig­a­rette qui l’accompagnait. Mon père en fumait de temps en temps et je me sou­viens qu’alors je le trou­vais beau mon papa, quand il fumait, souri­ant de ce large sourire un peu en coin qui me manque tant aujourd’hui. Et il sen­tait si bon : j’adorais aller l’embrasser et humer ce par­fum d’Eau Sauvage se mêlant à la nicotine.

La fête repre­nait de plus belle et un rôti de bœuf arrivait, assor­ti de ses pommes de terre rôties et de ses hari­cots blancs que l’on nom­mait fay­ots dans ma cam­pagne. Rôti de bœuf cuit à souhait, bien moelleux et ten­dre, des pommes de terre dorées et fon­dantes, et les­dits fay­ots cuis­inés avec des carottes et du vin blanc, bref, un délice, mes jeux de plein air attendraient ! 

Les repas de famille

Venait ensuite un moment que je n’aurais man­qué pour rien au monde, l’arrivée tant atten­due du plateau de fro­mages et de sa salade verte. Des fro­mages étaient déli­cate­ment posés sur un plateau en verre, le couteau assor­ti posé sur sa tranche. Je m’arrangeais tou­jours pour me servir par­mi les pre­miers — je n’étais pas « dessert » à l’époque. Je suc­com­bais au moelleux d’un mun­ster que j’accompagnais de graines de cumin, à la force d’un roque­fort qui fondait sur ma tranche de pain de cam­pagne, au goût corsé d’un Saint-Nec­taire, fer­mi­er for­cé­ment ou bien encore d’un comté, dix-huit mois évidemment !


La fin du repas n’était qu’enchainements de tartes et de gâteaux, des tartes aux fruits à la pâte lev­ée, sou­vent gar­nie d’une crème pâtis­sière, un baba au rhum avec sa crème dont mon père était baba même s’il aimait dire qu’il était très tarte ! Ces desserts-là ne m’inspiraient rien alors et ma grand-mère le savait. Elle avait pré­paré en plus pour son unique petite fille une tarte aux pommes dont je garde encore le goût : une pâte brisée à la couleur des blés, nap­pée d’une com­pote de pommes mai­son recou­verte de fines tranch­es de Sainte Ger­maine, une espèce bien­tôt en voie de dis­pari­tion. Cela reste encore l’un de mes desserts préférés !


Enfin le café s’annonçait et il son­nait le glas de notre libéra­tion ! Mes cousins et moi étions sauvés, nous allions enfin pou­voir sor­tir jouer dans le jardin. Il était bien­tôt dix-sept heures et le dimanche allait bien­tôt s’achever, un dimanche de mon enfance comme je les aimais.

Valérie Chèze, mai 2020

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