Coups de coeur littéraires 1

Mes derniers coups de coeur littéraires

Parce que l’écriture ne va pas sans la lecture et que le plaisir de la lecture se trouve aussi dans le partage.

Bet­ty, Tiffany McDaniel

Dans ce mag­nifique roman, pein­ture d’une Amérique pro­fonde des années 50, 60 et début 70, l’auteur relate la vie de sa mère, Bet­ty, et de ses onze frères et sœurs, enfants d’une femme insai­siss­able et d’un père chero­kee, dans les Appalach­es de l’Ohio.

Ce père sage, qui la surnomme la Petite Indi­enne, cul­tive les plantes (« je suis le puis­sant roi du jardin ») et fab­rique son pro­pre alcool de con­tre­bande. Mais surtout il racon­te des his­toires, qui berceront toute l’enfance de Bet­ty et lui insuf­fleront de la magie. Quand petite, elle refuse de revenir à l’école, vic­time du racisme, non seule­ment des autres enfants mais aus­si de la maîtresse (« le mélange des gênes de ton père avec ceux de ta mère n’est pas naturel »), son père la ramèn­era en lui dis­ant, « tu ne sais pas quelle chance tu as de pou­voir aller à l’école », « si tu ne vas pas à l’école Bet­ty c’est eux qui gag­nent. Ils gag­nent cette guerre les doigts dans le nez, parce qu’il leur suf­fit de te pouss­er pour te faire tomber ». Ce père lui donne con­fi­ance, la qual­i­fi­ant de « princesse chero­kee ».

Quant à sa mère, on la devine au fil des pages, frag­ile mais aimante mal­gré tout. Bet­ty se demande, « au cas où [sa] mère et [elle] [auraient] gran­di ensem­ble comme deux enfants du même âge, si [elles] [auraient] été amies ». Puis il y a tous ses frères et sœurs, cha­cun avec leurs forces et leurs faib­less­es.

Petit à petit, dans une écri­t­ure légère et poé­tique comme une danse, les secrets de famille les plus som­bres sont mis au jour. Pour les affron­ter Bet­ty se réfugie dans l’écriture, enfouis­sant ses pages sous terre jour après jour. C’est un très beau livre dont les thèmes, tou­jours actuels, tra­versent les épo­ques et les con­ti­nents.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, sep­tem­bre 2020

Ensem­ble, on aboie en silence de Gringe

À la scène Gringe est rappeur et acteur. Il fait par­tie du groupe Casseurs Flowters avec Orel­san, il a joué son pro­pre rôle dans le film Com­ment c’est loin et dans le short­com humoris­tique de Canal+ Blo­qués.

À la ville il est Guil­laume Tran­chant, frère aîné de Thibault. Les deux frères ont des per­son­nal­ités totale­ment con­traires (« nos par­ents ont mis au monde la par­faite antithèse ») et dans ce réc­it Guil­laume fait une véri­ta­ble déc­la­ra­tion d’amour à son frère. Il s’adresse directe­ment à lui, lui don­nant de temps en temps la parole dans des chapitres en italique. Guil­laume rep­longe dans leur enfance et tente une analyse, retraçant la genèse de l’événement qui va boule­vers­er la vie de leur famille, la schiz­o­phrène chronique de Thibault, que l’on croy­ait une dépres­sion au départ.

Si au début le grand frère pro­tège le petit, il ne sera finale­ment pas « un fran­gin exem­plaire ». « La vérité c’est que j’étais agité ». « Qui pou­vait te pro­téger de moi ? » Plus tard Guil­laume souf­frira lui aus­si de trou­bles, de ce que l’on nomme une amnésie dis­so­cia­tive (il repousse dans une « boite noire » tout évène­ment qui pour­rait lui être pénible). Thibault quant à lui ne cédera jamais et à aucun moment on ne sent chez lui un quel­conque ressen­ti­ment à l’égard de son grand frère. Il écrit sim­ple­ment : « Je suis fou. Je n’ai pas le droit à la lib­erté. J’ai le droit au par­don », comme si cet état était sim­ple­ment factuel et sans grave con­séquence. Guil­laume par con­tre se sent coupable et se demande à quel moment il a man­qué de vig­i­lance. Il va même jusqu’à écrire : « je suis le grand frère que je ne souhaite à per­son­ne ».

Guil­laume signe là un grand livre et dans une écri­t­ure sim­ple mais effi­cace, il se met à nu et mène une vraie thérapie. Il pose de vraies ques­tions : com­ment par­venir à s’aimer quand on est atteint de trou­bles psy­chologiques ? Com­ment garder une estime de soi quand on sort des rails ?

On ter­mine la lec­ture de ce livre gran­di. Les deux frères nous don­nent une vraie leçon de fra­ter­nité. Mal­gré ce qu’ils ont tra­ver­sé et ce qu’ils tra­versent encore, ils se don­nent régulière­ment ren­dez-vous pour par­tir en voy­age, faisant « de l’instant présent le but ultime de la vie ».

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, sep­tem­bre 2020

Buveurs de vent — Franck Bouysse

En 2014, je décou­vre Grossir le ciel, alors que Franck Bouysse écrit depuis déjà dix ans et depuis je lis tous ses livres. Je suis con­quise par son écri­t­ure poé­tique, pré­cise et par ses his­toires aux par­fums de polars. L’an dernier il nous avait cap­tivés avec Né d’aucune femme et cette année il ne nous déçoit pas : Buveurs de vent est un très grand cru ! Enfin une bonne nou­velle en cette année 2020 !

Ce livre je l’ai lu d’une traite, hap­pée par le vent de lib­erté que les per­son­nages fai­saient souf­fler dans les pages. Une mul­ti­tude de per­son­nages. Tout d’abord qua­tre frères et sœur. Matthieu qui se réfugie dans les forêts, Marc qui s’échappe dans les livres, Luc qui par­le aux ani­maux et Mabel, belle et insoumise. Tous vivent au Gour Noir, une val­lée de Xain­trie, ce beau coin de Cor­rèze aux con­fins du Can­tal. Tous tra­vail­lent comme leur père et leur grand-père avant eux au bar­rage et aux car­rières, dirigés d’une main de fer par Joyce, un homme qui a même don­né son nom aux rues du vil­lage. Joyce qui ne choisit pas sa femme mais qui la prend, dans une scène digne d’un épisode de la série Peaky Blind­ers. Nous ren­con­trons aus­si Dou­ble, Snake et Lynch, des petites frappes ain­si que Gob­bo, un marin au long cours échoué dans cette val­lée après une décep­tion amoureuse, là-bas loin dans les îles.

Mabel finit par être chas­sée de la mai­son par leur mère, Martha, obsédée par ses lec­tures quo­ti­di­ennes de la Bible. On com­prend que Mabel se serait enfuie de toute façon. « Son des­tin, elle avait choisi de se le fab­ri­quer seule, à sa mesure, quitte à y laiss­er quelques-unes de ses jolies plumes. Elle avait choisi la lib­erté ». La lib­erté, c’est ce à quoi tous les per­son­nages de ce roman aspirent. Sor­tir de leur des­tin qui sem­ble tout tracé, englué dans cette val­lée dont on ne s’échappe pas.

Dans tous les romans de Franck Bouysse, on com­prend au détour d’une page que la descente vers le dénoue­ment va se faire inex­orable et on attend. Et comme tou­jours on tombe sous le charme de ses si jolies phras­es. Je ne peux m’empêcher de citer celle-ci, qui inau­gure la dernière par­tie du roman. « On s’embrasse, on accli­mate, on déraisonne, on rac­com­mode, on s’accommode, on marchande, on saisit, on repousse, on ment, on fait ce que l’on peut, et on finit par croire que l’on peut. On veut faire croire aux hommes que le temps s’écoule d’un point à un autre, de la nais­sance à la mort. Ce n’est pas vrai. Le temps est un tour­bil­lon dans lequel on entre, sans vrai­ment s’éloigner du cœur qu’est l’enfance, et quand les illu­sions dis­parais­sent, que les mus­cles vien­nent à faib­lir, que les os se frag­ilisent, il n’y a plus de rai­son de ne pas se laiss­er emporter en ce lieu où les sou­venirs appa­rais­sent comme les ombres portées d’une réal­ité évanouie, car seules les ombres nous guident sur cette terre ». Tout est dit. Je pense à Danser les ombres de Lau­rent Gaudé, qui lui aus­si était une mag­nifique ode à la fra­ter­nité.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, sep­tem­bre 2020

L’autre moitié de soi — Brit Ben­nett

En ce mois de juil­let 2020, quand je com­mence à lire les pre­mières lignes de ce nou­veau roman de Brit Ben­nett (Le cœur bat­tant de nos mères, 2017 et Je ne sais pas quoi faire des gen­tils blancs, 2018, tous les deux égale­ment aux Édi­tions Autrement), je me dis que son œuvre est d’une cuisante actu­al­ité.

Nous sommes en 1968 en Louisiane, dans la ville de Mal­lard, qui ne fig­ur­era bien­tôt plus sous ce nom sur une carte. Cette ville a été fondée en 1848 par Alphonse Decuir, un affranchi qui voulait con­stru­ire une ville pour des hommes qui, comme lui, ne seraient jamais accep­tés en tant que blancs mais refuseraient d’être assim­ilés aux noirs. « Il imag­i­nait les enfants de ses enfants, tou­jours plus clairs, comme une tasse de café qu’on diluerait peu à peu avec du lait. Un nègre se rap­prochant de la per­fec­tion, chaque généra­tion plus claire que la précé­dente ». Et depuis près d’un siè­cle les habi­tants enchaî­nent les mariages métis­sés pour éclair­cir la couleur de leur peau.

Le 14 août 1954, peu après la désé­gré­ga­tion, les jumelles Desiree et Stel­la Vignes dis­parais­sent et s’enfuient à La Nou­velle Orléans. C’est l’idée de Desiree, qui arrache Stel­la à ses racines. Mais c’est elle qui va souf­frir le plus finale­ment. Les jumelles sont très dif­férentes, « à l’adolescence, elles ne sem­blaient pas tant un corps unique divisé en deux que deux corps dis­tincts réu­nis en un, cha­cun tirant dans son sens ». Quand Stel­la est prise pour une femme blanche dans un musée, elle ne s’est jamais sen­tie aus­si libre. C’est alors qu’elle « se divise en deux » et dis­parait.

Quelques années plus tard nous retrou­vons Desiree à Wash­ing­ton. Le jour où son mari est plus vio­lent que d’habitude, elle prend sa fille et ren­tre à Mal­lard. Brit Ben­nett com­mente : « un oiseau blessé retourne tou­jours au nid. Une femme qui souf­fre n’est pas dif­férente ». En 1978, Jude, la fille de Desiree, à la peau de jais, part pour faire ses études à Los Ange­les et elle ren­con­tr­era un homme, qui lui aus­si veut chang­er de vie mais pas pour les mêmes raisons.

Tout le long du livre, nous nous deman­dons si Desiree retrou­vera sa sœur qui toute sa vie crain­dra d’être démasquée.

Ce roman cap­ti­vant et aux rebondisse­ments inat­ten­dus prou­ve qu’« on peut fuir un lieu mais pas son sang ». Com­ment trou­ver sa place au sein d’une cou­ple de jumeau ? Com­ment trou­ver sa place dans une société où les blancs font la loi ? Com­ment trou­ver sa place en devenant un autre ? Com­ment les choix d’une mère influ­ent sur la vie d’une fille ? Toutes ces ques­tions sont posées dans des analy­ses psy­chologiques fines et dans une langue raf­finée et si la lumière ne vient pas de la généra­tion précé­dente, elle vien­dra de la suiv­ante, for­cé­ment.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, août 2020

Les garçons de l’été — Rebec­ca Lighieri

L’un des bon­heurs de l’été c’est de piquer un livre à ses enfants ! J’ai donc eu entre les mains une petite pépite, parue en 2017, que j’avais man­quée : Les garçons de l’été, de Rebec­ca Lighieri (pseu­do util­isé par la roman­cière Emmanuelle Baya­mack-Tam). Le ban­deau est promet­teur : « Stephen King à la française », et nous com­pren­drons pourquoi à la fin.

Nous par­tons à la ren­con­tre des Chas­taing, une famille de trois enfants, père phar­ma­cien à Biar­ritz, mère au foy­er, a pri­ori sans his­toire. Zachée et Thadée, les deux fils aînés, étu­di­ants sur­doués, sur­fent à la Réu­nion. Le réc­it débute avec la voix de leur mère, Mylène et aus­sitôt je ressens une espèce de malaise, tant son ado­ra­tion pour ses demi-Dieux de fils me sem­ble déplacée, presque mal­saine. Je me dis que cela va être vrai­ment glauque et pour­tant je ne lâcherai pas le livre jusqu’à la dernière phrase, tant il est addic­tif.

Je suis hap­pée par l’intrigue que l’auteur nous relate avec une suc­ces­sion de points de vue. Nous ren­trons dans l’univers du surf. Puis, au soleil au départ, de vague en vague, de sur­prise en sur­prise, dans une vraie descente aux enfers, nous nous échouons sur l’épilogue, ko et sat­is­faits d’avoir finale­ment passé de vrais bons moments avec des per­son­nages aux car­ac­tères mul­ti­ples.

Nous sommes passés par un réc­it des exploits sportifs et un roman d’amour pour finir dans un drame famil­ial qui tourne presque au thriller. Tous les masques sont tombés et la famille idéale est bal­ayée par une vague scélérate.

Rebec­ca Lighieri a un vrai tal­ent d’écriture, tan­tôt poé­tique, tan­tôt pré­cise et ryth­mée. Un bon roman à lire l’été sans mod­éra­tion !

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, août 2020

Un ter­ri­toire frag­ile — Éric Fot­tori­no

Ancien directeur du jour­nal Le Monde, Eric Fot­tori­no a fondé Le 1 en 2014 et lancé en 2017 avec François Bus­nel le mag­a­zine trimestriel Amer­i­ca dont l’objectif est de don­ner plusieurs regards sur les États-Unis durant la prési­dence de Don­ald Trump. En par­al­lèle il écrit. Son œuvre est mar­quée par le thème de l’enfance, ses blessures et les man­que­ments des adultes. Fils naturel d’un juif maro­cain de Fès, gyné­co­logue, Eric Fot­tori­no a été adop­té par un pied-noir de Tunisie, kinésithérapeute. Un ter­ri­toire frag­ile, son deux­ième roman pub­lié en 2000, a reçu le Prix Europe 1 et le Prix des bib­lio­thé­caires.

Clara Wern­er répond à une annonce du Jour­nal des hémis­phères dans lequel l’Institut océanographique de Norvège recherche une biol­o­giste débu­tante pour ten­ter de trou­ver le niveau zéro de l’océan au moyen d’un maré­graphe. Elle s’échappe alors de la chaleur écras­ante de Fez pour les jours glacials de Bergen : « je m’éveillai dans un brouil­lard gris bleu que transperçait le cri des mou­ettes. Le gron­de­ment d’une corne de brume répandait à l’infini sa musique désolée de vio­lon­celle ».

Clara fuit. Elle fuit une enfance mal­heureuse avec un père faible et une mère tout aus­si vio­lente et qui ne l’a jamais touchée : « pour imag­in­er à quoi pou­vait ressem­bler un bais­er de femme, un bais­er de la mère, je posais mes lèvres sur mon bras en me dis­ant tout bas juste pour moi “ bon­jour ma fille, bonne nuit ma chérie ” et cela me don­nait des fris­sons comme un plaisir défendu ». Elle fuit un mari maro­cain qui la bat, qu’elle avait épousé parce qu’il était beau et qu’elle voulait fuir sa famille. Émi­grée à Dublin avec son mari, c’est pour­tant son père qui l’aidera à fuir.

Clara arrive à Bergen le corps en miettes. Pour se sen­tir mieux elle se met à boire. Elle fait deux superbes ren­con­tres : le pein­tre Mag­nus Vog, pour qui elle pose nue dans son ate­lier, qui ne parvien­dra jamais à « la pein­dre au pinceau, mais seule­ment en appli­quant directe­ment les tubes de couleur sur la toile » et l’accordeur des corps humains, qui « accorde les mus­cles et les vertèbres comme un guéris­seur de piano rend leur sou­p­lesse aux cordes martelées de la table d’harmonie ».

Clara nous livre son passé par bribes, dans la tour­mente et le dés­espoir, en alter­nance avec l’accordeur qui nous fait sen­tir, dans une douceur extrême, ce qu’il sent dans le corps de Clara. Il cherche à l’aider et pour­tant, tel un vieux piano, à peine sor­tie des mains de l’accordeur, Clara se désac­corde. Ces alter­nances d’écritures, tan­tôt poé­tiques, tan­tôt dures et comme tail­lées au scalpel, nous lais­seront sans voix à la fin.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, août 2020

Avant que j’ou­blie — Anne Pauly

Dans ce réc­it tra­gi-comique, qui a obtenu le prix du livre Inter le 8 juin dernier, l’auteur rend un bel l’hommage à son père dis­paru et avec lui aux « invis­i­bles », ces gens de peu abîmés par la vie et délais­sés par la société, voire ignorés. Elle racon­te la fin de sa vie, la mal­adie, sa mort et l’après, quand le cha­grin et le manque vien­nent toquer à sa porte. Elle n’omet rien et en la lisant on doute qu’elle oubliera un jour.

Son père, un homme alcoolique et vio­lent, uni­jam­biste, « gros déglin­go » et « roi mis­an­thrope », lui ressem­ble éton­nam­ment et elle l’aimait pro­fondé­ment. Après sa mort, en tri­ant le caphar­naüm de la mai­son famil­iale de Car­rières-sous-Pois­sy, puis quand une let­tre lui parvient, qui dit toute la vérité sur son père, Anne décou­vre une autre part de lui, un homme sen­si­ble et spir­ituel. On ressent de la douceur et de la ten­dresse tout au long du livre.

Elle relate avec humour et émo­tion les étapes qui jalon­nent la perte d’un être aimé, dans lesquelles toute per­son­ne qui a un jour per­du un être cher se recon­naitra. Le jour du décès. Le manque, « il était telle­ment là que j’avais l’impression qu’il aurait pu sur­gir de nulle part sur son fau­teuil en dis­ant ‘Quoi de neuf ? Vous avez eu du monde sur la route ?’ ». Les dif­férences de réac­tions face à un décès : Anne pense son frère insen­si­ble et la fin du roman démon­tr­era le con­traire. Les pré­parat­ifs de l’enterrement avec le choix des textes. L’enterrement lui-même, quand la douleur se mêle aux fous rires : « ce fut la messe la plus longue de toute l’histoire de la chré­tien­té. Rien ne s’enchainait bien, les textes étaient trop longs, trop courts et les cré­celles s’égosillaient tan­dis que la pho­to du défunt glis­sait lente­ment dans son cadre ». « Le fou rire nous a pris après l’homélie ». On pense à la chan­son de Bén­abar.

Le terme de la lec­ture con­firme qu’on ne fait jamais son deuil, qu’un par­ent aimé man­quera for­cé­ment à jamais mais qu’il faut tout sim­ple­ment à vivre avec cette perte. Et Anne a su trou­ver une jolie façon de con­tin­uer.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, août 2020

Sankhara — Frédérique Deghelt

Sep­tem­bre 2001. Hélène décide de par­tir, lais­sant son mari Sébastien et ses jumeaux de cinq ans. Elle ne leur dit rien quant à sa des­ti­na­tion. Ils savent sim­ple­ment qu’elle revien­dra dans onze jours. Ces onze petits jours ver­ront le Monde dra­ma­tique­ment ébran­lé et leur pro­pre monde pro­fondé­ment changé. Hélène part en stage de médi­ta­tion Vipas­sana à la cam­pagne pour aller à la ren­con­tre d’elle-même, dans le silence. Pen­dant ce temps, Sébastien, jour­nal­iste à l’AFP, ne com­prend pas, pense à un adultère et bas­cule dans un chaos per­son­nel et pro­fes­sion­nel.

Frédérique Deghelt alterne les points de vue d’Hélène et de Sébastien, dans une écri­t­ure flu­ide et musi­cale. Elle cherche à nous faire touch­er du doigt com­ment méditer peut con­duire à de pro­fondes trans­for­ma­tions intérieures, en prenant con­science de nos sen­sa­tions les plus intimes et les plus pro­fondes. « Écouter enfin chaque sec­onde engrangée. Pos­er le sac plein de pier­res ». Elle cherche à nous mon­tr­er qu’un évène­ment inimag­in­able peut boule­vers­er le plus pro­fond des engage­ments humains. « Il se sen­tait las. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on n’était pas en train d’attendre la paix pour l’avenir. » Au final, à la fois Hélène et Sébastien trou­veront la ressource de trou­ver leur pro­pre voie, loin des influ­ences extérieures.

Nous plon­geons tour à tour dans leurs pen­sées, médi­tant avec Hélène, dans une lec­ture lente, dégus­tant chaque syl­labe et rageant avec Sébastien, dans la colère de sa vie per­son­nelle et dans la stupé­fac­tion de l’actualité brûlante.

Même si l’action de ce roman se déroule en 2001, il y a presque vingt ans, la sit­u­a­tion elle est très actuelle. Aujourd’hui le monde devient de plus en plus hos­tile, les guer­res, les con­flits et les virus font rage et en même temps la médi­ta­tion est à la mode. Nom­breuses sont les per­son­nes qui ont un vrai besoin de retour à la nature, de pren­dre du recul et de retrou­ver une paix intérieure.

C’est Hélène qui aura le dernier mot. « Je ne pour­rais jamais plus refer­mer la porte que j’avais ouverte, ni oubli­er ce qui m’avait fait com­pren­dre qu’être humain, c’est s’incarner un temps pour acquérir le pou­voir de tra­vers­er nos murs. »

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, juil­let 2020

Femmes sans mer­ci — Camil­la Läck­berg

Véri­ta­ble addict depuis La princesse des glaces paru chez Actes noirs Actes sud en 2008, je lis tous les romans de Camil­la Läck­berg. Avec Femmes sans mer­ci, elle délaisse son héroïne Eri­ca Fal­ck et renoue avec le thème traité dans La cage dorée : la vengeance fémi­nine.

Dans cette novel­la – roman court d’une longueur entre la nou­velle et le roman – nous faisons la con­nais­sance de trois femmes : Ingrid, Bir­git­ta et Vic­to­ria. Cha­cune décide de met­tre fin aux jours de son com­pagnon. Aucune sur­prise, c’est dit dès la qua­trième de cou­ver­ture.

Dans des chapitres très courts et en une écri­t­ure scan­dée, l’auteur nous entraine, la boule au ven­tre, vers le dénoue­ment, vers LES dénoue­ments. Les mobiles sont clairs et nous ne ressen­tons aucune pitié pour les trois hommes, notre esprit restant con­cen­tré sur les actions que les trois femmes met­tent en œuvre.

Je vous laisse la sur­prise de lire com­ment elles vont s’y pren­dre ! C’est en tout cas un très bon Camil­la Läck­berg. Mon seul regret : qu’il ne soit qu’une novel­la .

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, juil­let 2020

L’é­tranger — Albert Camus

La qua­trième de cou­ver­ture nous prévient, aucune issue heureuse ne sor­ti­ra de cette his­toire. Et pour­tant, tout le long de la lec­ture, nous espérons et nous ne pou­vons le croire, tant cet été-là est pais­i­ble et som­no­lent.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » C’est sans doute l’une des phras­es les plus retenues de l’histoire des romans et c’est finale­ment elle qui va men­er tout droit au dénoue­ment.

Au début du roman, les jours s’enchaînent dans le soleil et la chaleur d’Alger la blanche. Meur­sault, qui vient de per­dre sa mère, placée dans un asile de vieil­lards, mène une vie plutôt soli­taire, entre son tra­vail dans une société de trans­port mar­itime, ses prom­e­nades et ses rares amis dont Ray­mond et Marie, avec qui il entre­tient une rela­tion intime. Il aurait pu con­tin­uer à men­er cette vie pais­i­ble, dans la moi­teur de l’été. Dès le début du roman, on sent que Meur­sault est un être un peu à part, qui subit les choses et ne prend pas par­ti. Quand son patron lui pro­pose une pro­mo­tion à Paris, il acqui­esce mais en dis­ant que cela lui est égal. Quand Marie lui demande de l’épouser, il lui fait la même réponse. Il sem­ble étranger à tout ce qui l’entoure, insen­si­ble, et pour­tant, un jour tout bas­cule et il com­prend qu’il a « détru­it l’équilibre du jour, le silence excep­tion­nel d’une plage où [il avait] été heureux » et a frap­pé « à la porte du mal­heur ». Ces phras­es son­nent la fin de la pre­mière par­tie du roman, exacte­ment à la moitié. Meur­sault sem­ble alors spec­ta­teur de sa pro­pre vie, de son pro­pre sort et c’est ce qui le per­dra. Quand il est accusé « d’insensibilité » et « d’ignorance », nous com­prenons alors qu’il ne sert plus à rien d’espérer et que l’issue sera fatale. Son avo­cat pose pour­tant une ques­tion cru­ciale : « est-il accusé d’avoir enter­ré sa mère ou d’avoir tué un homme ? ». Là est toute la ques­tion et L’étranger, paru en 1957, est l’un des romans les plus réus­sis d’Albert Camus. C’est un roman uni­versel, dont l’action aurait tout aus­si bien pu se dérouler l’année dernière et qui résonne encore aujourd’hui. Un roman à relire absol­u­ment !

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, mai 2020

Le pays des autres — Leïla Sli­mani

Nous sommes le 29 avril 2020 et c’est l’anniversaire de ma grand-mère. Elle est née en 1914, fai­sait des kilo­mètres à pied dans la cam­pagne pour aller à l’école, puis a vécu la guerre et a tout per­du, mari et mai­son. Avec une vraie force de car­ac­tère elle a tout recon­stru­it et a élevé seule sa fille. Aujourd’hui elle a per­du la vue et les sou­venirs, mais pas la mémoire des poésies de La Fontaine, qu’elle parvient encore à réciter en entier. Généreuse, énergique, courageuse, affectueuse, un peu autori­taire et excel­lente cuisinière, elle a été une for­mi­da­ble grand-mère. Elle s’appelle Léonie et j’espère de tout cœur pou­voir encore la ser­rer dans mes bras cet été.


J’aime les his­toires de vie, les his­toires de famille, les tra­jec­toires qui se font, au hasard ou pas, dans la douleur ou pas, et qui dessi­nent au final une vie, unique. Et c’est pour cela que le roman que je vous présente dans ces lignes m’a pro­fondé­ment touchée.


Leïla Sli­mani fait par­tie des écrivains qui savent racon­ter des his­toires de viesLe pays des autres inau­gure une série de romans sur l’histoire de sa pro­pre famille, entre France et Maroc, Maroc et France. Mag­nifique­ment écrit, il racon­te la vie de Mathilde, une jeune Alsa­ci­enne – la grand-mère de l’auteur – qui s’éprend d’Amine Bel­haj, un Maro­cain com­bat­tant dans l’armée française. Elle le suit à Meknès par amour. Exilée sur cette nou­velle terre et exilée dans le pays des hommes, elle devra appren­dre à lut­ter pour son éman­ci­pa­tion, tout cela avec en toile de fond la guerre d’indépendance. Ce pays des autres va petit à petit devenir le sien. Cela fait écho à nos vies : nous sommes nom­breux à vivre loin des nôtres, dans le « pays » des autres. Ma grand-mère, j’y reviens, employ­ait le mot « pays » au sens de « région ». A force d’y vivre, nous avons appris à l’aimer ce pays ; nous avons même pour lui un attache­ment cer­tain et une ten­dresse par­ti­c­ulière.

Leïla Sli­mani signe ici un très bel hom­mage à sa grand-mère et j’attends avec impa­tience la suite de cette fresque famil­iale.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, avril 2020

Si tu vois tout en gris, déplace l’éléphant — Pas­cale Seys

Philoso­phie vagabonde sur l’humeur du monde

Moscou mars 2020, une amie dépose sur mon pail­las­son, con­fine­ment oblige, un petit livre. Sa couleur orange m’inspire ! C’est acidulé et gai et c’est ce dont nous avons besoin. Et son titre m’inspire encore plus : Si tu vois tout en gris, déplace l’éléphant, philoso­phie vagabonde sur l’humeur du monde.  

En 50 cour­tes chroniques, Pas­cale Seys, doc­teure en philoso­phie et pro­duc­trice radio à la RTBF (Musiq’3), observe vos façons d’agir et de penser avec beau­coup de hau­teur. Avec toute la verve qui est la sienne, elle évoque des sujets tan­tôt légers tan­tôt graves tout en faisant référence aux philosophes clas­siques, aux écrivains et voire même aux musi­ciens. Plus j’avance dans la lec­ture, plus je me dis que j’aurais beau­coup aimé assis­ter à ses cours. Pas­cale Seys fait entr­er la philoso­phie dans nos vies tout en douceur et sans heurts.  

Je songe au philosophe Alain et à ses Pro­pos sur le bon­heur, maître de mon pro­fesseur de ter­mi­nale, Madame Fleury, une autre grande dame qui a fait aimer la philoso­phie à des généra­tions d’élèves cor­réziens tant elle nous trans­portait à chaque cours.  

Pas­cale Seys nous invite à nous pos­er et à réfléchir. A l’amitié, à l’avenir, aux retards, au phub­bing*, au pas­sage du temps, aux men­songes, au burn out, les retards… tous ces sujets qui nous con­cer­nent et aux­quels nous n’avons pas for­cé­ment réfléchi. Et c’est juste­ment aus­si à cela que ser­vent les philosophes : met­tre l’accent sur tous les petits ou grands détails de nos vies.

Hip­poly­te Ter­en­tiev, le jeune homme tuber­culeux et révolté de L’idiot de Dos­toïevs­ki, pose une ques­tion au héros prin­ci­pal du roman, le prince Mychkine :   « c’est la beauté qui sauvera le monde ? ». En ces temps chargés d’incertitude, de stress et d’émotion, il est temps de nous pos­er pour réfléchir à ce qui sauvera le monde. La beauté, l’art, l’entraide, la com­pas­sion, l’abnégation, les pris­es de con­science, le change­ment, la résilience, la résis­tance, l’adaptation.  

Ce joli livre nous aide à la réflex­ion et nous apaise. Le gris, s’il y avait gris, a fait place à l’orange. Réfléchissons au temps passé, au temps qui passe et réin­ven­tons notre avenir. En toute sérénité.    

*phub­bing : con­trac­tion des ter­mes phone (« télé­phone ») et snub­bing (« snobant »), le phub­bing con­siste à rester con­cen­tré sur son télé­phone en igno­rant la per­son­ne qui vous par­le.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, mars 2020

Accords par­faits — Jean-Pierre Col­ignon et Jacques Decourt

Dans leurs Accords par­faits, Jean-Pierre Col­ignon et Jacques Decourt ne nous par­lent pas des accords des mets et des vins mais bien des par­ticipes passés et des mots com­posés. 

Aujourd’hui coach et enseignant, Jean-Pierre Col­ignon a été pen­dant près de vingt ans chef du ser­vice de la cor­rec­tion du jour­nal Le Monde. Jacques Decourt, après avoir enseigné le secré­tari­at de rédac­tion dans des écoles de jour­nal­isme, est aujourd’hui directeur du Cen­tre d’écriture et de com­mu­ni­ca­tion.  

Ce petit ouvrage recense les prin­ci­pales règles d’accord de la langue française. Les expli­ca­tions sont sim­ples et illus­trées. Vous saurez tout sur les accords du nom, de l’adjectif, du verbe et du tant red­outé par­ticipe passé.  

Vous y appren­drez qu’à la Saint-René, c’est la fête de tous les René et de toutes les Renée mais que vous devez manger deux camem­berts arrosés de deux ver­res d’alsaces. Vous y lirez que si vous avez invité les Merci­er same­di dernier, vous lirez l’histoire des Capé­tiens. Vous ver­rez qu’en cette journée neigeuse, vous posterez vos cour­ri­ers munis de tim­bres-poste au pied de l’un des deux grat­te-ciel* du quarti­er en après-ski. Et enfin vous décou­vrirez que les sonates que vous avez enten­du jouer n’étaient rien en com­para­i­son de la diva que vous avez vue chanter.  

Oui je vous l’accorde, la langue française est capricieuse et ce petit guide vous sera d’une aide pré­cieuse. 

*Notez que le cor­recteur d’orthographe de word demande de met­tre un s à ciel alors qu’il n’en faut pas car il n’y a qu’un seul ciel. 

Accords parfaits - La chasse aux fautes - Le temps d'écrire

Valérie Chèze, févri­er 2020

Danser les ombres — Lau­rent Gaudé

Danser les ombres. Dès les pre­mières pages, les couleurs, les sons et les per­son­nages me ren­voient à Gou­verneurs de la rosée, ce chef d’œuvre de la lit­téra­ture haï­ti­enne, écrit par Jacques Roumain et paru en 1944. Lau­rent Gaudé, auteur du mag­nifique roman Le soleil des Scor­ta, chante ici lui aus­si son amour pour Haïti dans une langue poé­tique et juste. 

Un matin de jan­vi­er, une jeune femme, Lucine, arrive de Jacmel à Port-au-Prince pour y annon­cer un décès. Hébergée dans une anci­enne mai­son close, elle com­prend vite qu’elle ne repar­ti­ra plus. Les jours passent, dans une douceur tran­quille, avec « la lumière du matin qui fait chanter les coqs et scin­tiller la mer », les voix des femmes au marché et « le pas lent des hommes qui ne se pressent jamais ». Nous croi­sons maints per­son­nages, hauts en couleurs et aux surnoms si imagés comme Haïti sait les inven­ter.

Lucile s’éprend de Saul. « Elle aimait tout de cet homme ». « La vie serait peut-être faite d’épreuves et de fatigues, mais cela lui allait si c’était à ses côtés. La vie serait peut-être laborieuse mais cela lui allait si elle pou­vait dire son nom. Ils étaient deux » : c’est peut-être cela finale­ment la déf­i­ni­tion de l’Amour vrai. 

Pour­tant cet équili­bre est ténu. Per­son­ne ne remar­que que les oiseaux se sont tus et que « le monde ani­mal [tend] l’oreille ». Per­son­ne ne voit venir la terre trem­bler, durant trente-cinq sec­on­des, qui vont sem­bler une éter­nité. 

Lau­rent Gaudé rend ici hom­mage aux habi­tants d’Haïti, si dure­ment frap­pés par les coups du des­tin. Passé et présent, ombres et vivants, corps et âmes se croisent au milieu des décom­bres et ce livre est une ode à la fra­ter­nité qui seule sauvera les hommes.

Mes derniers coups de coeur littéraires

Valérie Chèze, févri­er 2020

Miroir de nos peines — Pierre Lemaitre

Lors de la ren­trée lit­téraire 2013, Pierre Lemaitre nous a enchan­tés avec Au revoir là-haut et l’arnaque aux mon­u­ments aux morts d’Albert Mail­lard et Edouard Péri­court pen­dant l’après-guerre de 14 ‑18, pour lequel il a obtenu le prix Goncourt. En 2018, il pub­lie Couleurs de l’incendie, qui se déroule dans les années 30, sur fond de mon­tée du fas­cisme avec une his­toire de fraude fis­cale. Cette année, il récidive avec Miroir de nos peines, le dernier né de sa trilo­gie des Enfants du désas­tre.          

Pierre Lemaitre est un for­mi­da­ble con­teur. Il sait racon­ter des his­toires et ses romans sont con­stru­its comme des romans-feuil­letons. Ses intrigues sont bien ficelées, ses per­son­nages sont attachants et hauts en couleurs. Telles une sym­phonie, plusieurs trames nar­ra­tives se déroulent pour con­verg­er tout à la fin en un final inat­ten­du. Les chapitres sont courts, scan­dés et il devient de plus en plus dif­fi­cile d’arrêter la lec­ture plus les pages se tour­nent. 

Il nous fait égale­ment décou­vrir des moments mécon­nus de notre his­toire. Je pense à la cor­rup­tion du marché mor­tu­aire, à la lutte con­tre la fraude fis­cale menée par un député véreux ou bien à la destruc­tion d’une par­tie des richess­es de la Banque de France dans son dernier livre.

Dans un entre­tien au jour­nal Le Monde (du 8 jan­vi­er 2020), Pierre Lemaitre affirme qu’il écrit sur « des petites gens », qui « n’observent pas l’histoire frontale­ment » et qu’il « aime abor­der l’Histoire de biais pour don­ner de l’air aux per­son­nages ». Et cela pour notre plus grand plaisir, qui devrait se pour­suiv­re car apparem­ment une dizaine de livres sont prévus pour cou­vrir la péri­ode 1920 — 2020.        

Pierre Lemaitre est aus­si un génial auteur de thrillers. Je me sou­viens d’avoir lu Tra­vail soigné, Alex, Rosy & John et Sac­ri­fices d’une traite, tant le sus­pense était pesant et les rebondisse­ments imprévis­i­bles (la série Ver­ho­even inté­graleLe livre de Poche). 

Valérie Chèze, jan­vi­er 2020

Le moine de Moka — Dave Eggers

Dans Le moine de Moka, Dave Eggers racon­te l’histoire vraie de Mokhtar Alkhan­shali, un jeune Améri­cain d’origine yéménite, qui décou­vre à l’âge de 24 ans la véri­ta­ble orig­ine du café, sur les ter­res de ses ancêtres. 

C’est un moine indi­en du XVIe siè­cle, Baba Budan, qui remar­que ce breuvage alors appelé « vin de l’Islam » lors de sa tra­ver­sée du Yémen au retour d’un voy­age à La Mecque. Il dérobe sept ceris­es qu’il cache sous sa robe et les plante sur les collines de Chan­dra­giri. Ces sept ceris­es don­nent nais­sance à des mil­lions de caféiers d’Arabie et depuis lors, Baba Budan est con­sid­éré comme un saint. En 1615, le café de Moka arrive en Europe pour la pre­mière fois grâce aux Véni­tiens qui l’utilisent à des fins médic­i­nales. Cela ne plait pas du tout aux Hol­landais, dont le pays est alors une puis­sance mon­di­ale dans le com­merce mar­itime, et en 1616, Pieter van den Broecke, qui tra­vaille pour la Com­pag­nie néer­landaise des Indes ori­en­tales, vole des semis à Moka qu’il con­fie au Jardin botanique d’Amsterdam. Le cli­mat hol­landais n’est pas prop­ice à la cul­ture du café et les plants sont envoyés à Cey­lan et à Java, alors ter­ri­toires néer­landais. Ils devi­en­nent les prin­ci­paux four­nisseurs de café en Europe et la préémi­nence de Moka décline. Les Hol­landais con­ser­vent leur hégé­monie jusqu’au moment où le maire d’Amsterdam offre en 1713 un caféi­er au roi Louis XIV. C’est à ce moment-là que les pro­duc­tions de café gag­nent le monde entier.

Bien des années plus tard, Mokhtar Alkhan­shali revient sur la terre de ses ancêtres pour ren­con­tr­er les cul­ti­va­teurs quand en 2015 la guerre civile éclate. Il devra ruser pour sor­tir du Yémen et men­er à bien son pro­jet, redonner ses let­tres de noblesse au café du Yémen. Son his­toire est for­mi­da­ble­ment bien racon­tée par Dave Eggers qui signe ici un bon et grand roman d’aventure.  

Valérie Chèze, jan­vi­er 2020

Âme brisée — Aki­ra Mizubayashi

Je ter­mine la lec­ture de ce roman en san­glots, pour la pre­mière fois de ma vie je pense. C’est l’histoire de l’âme brisée d’un vio­lon, par un acte d’une vio­lence inimag­in­able, en 1938, au Japon. Un Vuil­laume de Mire­court sec­ou­ru par le pro­pre fils du musi­cien qui par­ti­ra étudi­er la lutherie à Mire­court puis en Ital­ie, à Cré­mone. Devenu luthi­er il ressus­cite ce vio­lon et avec lui le passé… Un très bel hom­mage à la musique et à la lit­téra­ture. Des fra­grances de lutherie tout au long des pages. Des images aus­si comme un bois que l’on ponce, un chevalet que l’on ajuste, la popote que l’on cire, une cheville que l’on serre, un archet que l’on tend et ces par­fums de colo­phane… puis le trac, et la pre­mière note qui s’envole des ouïes et la musique qui jail­lit. La musique, qui sauvera le monde…

Coups de coeur littéraires 10

Valérie Chèze, novem­bre 2019

Asta — Jón Kalman Ste­fáns­son

Une fois de plus une belle décou­verte lit­téraire avec Asta de Jón Kaplan Ste­fáns­son. Dif­fi­cile de le résumer, tant de thèmes sont évo­qués : l’amour, le deuil, les erreurs, les absences, le remord, la pas­siv­ité, l’action… en un mot la vie. Et tout ceci dans une prose mag­nifique­ment poé­tique et lyrique. Quand on referme ce beau roman, on se dit qu’il devient urgent de décou­vrir l’Islande… 

Coups de coeur littéraires 9

Valérie Chèze, novem­bre 2019

Bor­go Vec­chio — Gio­suè Calaciu­ra

Une autre très belle lec­ture qui m’a con­duite en Sicile cette fois. Bor­go Vec­chio, un quarti­er de Palerme. Nous suiv­ons Mim­mo et Cristo­faro, deux amis d’école buis­son­nière, Céleste, cloîtrée sur le bal­con pen­dant les ébats tar­ifés de sa mère, Toto le pick­pock­et… Je devrais plutôt dire que nous assis­tons à leurs vies… Ce livre est sem­blable à un livret d’opéra. Nous sommes face à ce décor et à ces acteurs et assis­tons, impuis­sants, au grand final. Tout cela dans une langue riche et for­mi­da­ble­ment bien traduite par Lise Cha­puis. Nous devri­ons plus sou­vent citer les tra­duc­teurs soit dit en pas­sant !

Coups de coeur littéraires 8

Valérie Chèze, novem­bre 2019

La papeterie Tsub­a­ki — Ito Ogawa

Un très joli livre, l’histoire d’une jeune femme qui fait ses pre­miers pas d’écrivain pub­lic en reprenant la papeterie de sa grand-mère défunte. L’histoire se déroule à Kamaku­ra au Japon. 374 pages de déli­catesse avec le choix des mots, le choix des cal­ligra­phies, le choix des papiers, des plumes, des sty­los, des enveloppes et des tim­bres. Une lec­ture un peu hors du temps. Mer­ci Valerie Moratille Limou­joux une libraire comme on n’en fait plus !

Coups de coeur littéraires 7

Valérie Chèze, octo­bre 2019

Né d’au­cune femme — Franck Bouysse

Au 19ème siè­cle dans un joli coin de Cor­rèze, voici le réc­it trag­ique de Rose racon­té par Franck Bouysse dans une écri­t­ure poé­tique et qui se lit comme un polar. Immense plaisir de lec­ture et de relec­ture tant cer­taines phras­es sont belles et son­nent juste. Né d’aucune femme est à mon avis l’un des romans qui vont compter cette année. Un grand bra­vo Franck Bouysse et vive­ment le prochain !

Coups de coeur littéraires 6

Valérie Chèze, sep­tem­bre 2019

Orde­sa — Manuel Vilas

Avec Orde­sa, Manuel Vilas rend un bel hom­mage à ses par­ents dis­parus et peint la vie d’une famille mod­este dans l’Espagne des années 60 et 70. L’universalité de ses sen­ti­ments mais aus­si des ques­tions et des réflex­ions, que tout enfant se pose une fois orphe­lin, nous touche, nous par­le, nous émeut…De beaux moments de lec­ture. Et une réflex­ion, que je ne m’étais pas encore posée : « J’ignore si mes deux fils m’aimeront autant que j’ai aimé mes par­ents.»

Coups de coeur littéraires 5

Valérie Chèze, août 2019

Pas­sagère du silence — Fabi­enne Verdier

Une décou­verte incroy­able grâce à ma libraire préférée Valerie Moratille Limou­joux ! Dans son livre, Pas­sagère du silence, l’artiste pein­tre Fabi­enne Verdier nous racon­te ses années d’ap­pren­tis­sage au fin fond de la Chine com­mu­niste. Son expéri­ence est fasci­nante, sa tech­nique incroy­able et son univers poé­tique. Pour pour­suiv­re la lec­ture, deux vidéos à voir absol­u­ment ! Il ne me reste plus qu’à souhaiter qu’elle vienne expos­er à Moscou, à bon enten­deur les cura­teurs.

Coups de coeur littéraires 4

Valérie Chèze, août 2019

Tapis rouge — Éric Garan­deau

Un drôle de livre très drôle ! Imag­inez un pays imag­i­naire en ‑stan (mais pas si imag­i­naire que ça), son prési­dent qui a pris en otage le fils du min­istre français de la Cul­ture, sa fille qui ne rêve que d’une chose : décrocher la palme d’or à Cannes, un haut fonc­tion­naire gaffeur plus Gérard Depar­dieu, Jean-Pierre Mocky et des prési­dents en exer­ci­ces dans les sec­onds rôles et vous avez dans les mains un film com­plète­ment déjan­té à lire ! À l’entrée de l’hiver, lire un chapitre plutôt le soir au couch­er !

Coups de coeur littéraires 3

Valérie Chèze, juin 2019

Une bête au par­adis — Cécile Coulon

Une bête au par­adis… il est de ces livres dans lesquels nous plon­geons pour n’en ressor­tir qu’à la dernière page, son­nés, sur­pris d’être là, si loin de ce vil­lage dans lequel Cécile Coulon nous emmène. Le par­adis, une ferme isolée au bout d’un chemin, dans laque­lle Emi­li­enne élève seule ses petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les années passent, Blanche est amoureuse d’Alexandre mais la pas­sion de Blanche pour sa terre éloign­era Alexan­dre dont l’unique ambi­tion est de par­tir s’enrichir à la ville, comme on dis­ait jadis. Les jours se suiv­ent, nous sen­tons comme une ten­sion nous ser­rer le ven­tre, la lec­ture des phras­es s’enchaine, d’abord lente­ment tant l’écriture est belle puis crescen­do, comme le cli­max approche, inexorable.Un grand mer­ci Cécile Coulon pour ce beau moment de lec­ture, Une bête au par­adis, un grand livre, vrai­ment…

Coups de coeur littéraires 2

Valérie Chèze, juin 2019

Rendez-Vous Découverte

Le temps d’écrire vous accom­pa­gne dans la réal­i­sa­tion de tous les sup­ports écrits pour met­tre en lumière vos activ­ités.

Prenons ren­dez-vous en visio­con­férence pour faire con­nais­sance

et éval­uer vos besoins.

Le temps d’un clic et j’écris pour vous ! 

Abon­nez-vous à la newslet­ter !

Newslet­ter

Une source d’in­for­ma­tion utile à ne pas man­quer !

Des arti­cles tech­niques

Des ressources pra­tiques

Des liens utiles

Des bons plans